Un reportage de Véronique Voyer
Versailles a beaucoup plus à offrir que son château et ses jardins. À la mi-juin, une chasse au trésor permet à plus de 2000 curieux d’élucider l’Affaire des Poisons tout en découvrant la face cachée de la ville. Ce vieux scandale plonge les enquêteurs en herbe dans les richesses culturelles et historiques de la cité royale le temps d’un après-midi .
En 1676, la belle-sœur du roi meurt empoisonnée. Ce décès place en disgrâce Mme De la Montespan, une maîtresse du roi qui fricote avec la communauté des «devineresses», ce monde interlope d’avorteuses et de magiciens qui maîtrisent l’art des filtres d’amour comme des poisons.
C’est sur ce scénario que débute la chasse au trésor. Cette année, l’adjointe du maire Marie Boëlle est en charge de l’organisation de la 2e édition de l’événement estival, et la barre est déjà haute. «L’été dernier, les enquêteurs devaient découvrir qui a volé le collier de la reine. Ça été très populaire! Nous voulons attirer les touristes à l’extérieur du château pour leur permettre de découvrir les curiosités de la ville à travers son histoire.»
Le château, le Trianon et les jardins sont reconnus pour leurs fastes dorés et l’immensité du territoire qu’ils recouvrent. Difficile pour un touriste de parcourir la ville en plus de la demeure royale dans une même journée. «Si certains touristes imaginent qu’il n’y a que le château à voir ici, il passe à côté d’une ville charmante qui se nomme Versailles», souligne l’adjointe, aussi chargée du commerce et du tourisme. Ainsi, le terrain de jeu où les indices sont éparpillés comprend uniquement la ville. Pour faciliter leur recherche, les participants reçoivent un guide des curiosités de Versailles.
Divisés en 200 équipes de dix, les participants sont fébriles près du parvis de l’église où débute l’activité. Une fois le coup de départ donné, un jeune père dirige la poussette familiale vers le potager du roi, tout en portant sa fillette de trois ans sur ses épaules. «On va commencer par la fin, il n’y aura pas d’embouteillage», explique-t-il en se dirigeant vers le grand jardin, à quelques pas de l’église. Quelques équipes font de même. Les participants doivent identifier les plantes vénéneuses. Des enfants courent au travers des longues plate-bandes de plantes médicinales, de tomates, d’arbres et de fleurs. Après trente minutes de promenade, le papa, toujours motivé, rassemble l’équipe en bas âge et se dirige vers la boutique à l’entrée, des Sherlocks Holmes et des Hercules Poirot plein les bras..
Finalement, la réponse à la question se trouvait entre les pages d’un des dictionnaires arboricoles de la boutique. Un chef d’équipe note rapidement «anémone» tandis qu’un petit garçon épelle très fort «rhododendron». La promenade dans le potager était donc inutile pour le concours, mais le but est aussi de découvrir les charmes de cette ville-jardin.

Comme le remarque un participant, c'est sur la rue du Jeu de Paume que fut signé le traité d'alliance entre la France et les États-Unis au XVIIIe siècle.
À l’époque où le roi avait sa cour, les secrets faisait partie intégrante de la politique française. Cette richesse historique est exploitée tout au long du parcours. Ainsi, au détour d’un petit passage, un participant pointe le nom de la rue du Jeu de Paume. «C’est ici qu’ils ont signé le traité d’indépendance américaine avec Jeffersen», explique-t-il.
Cette année, c’est dans le quartier Saint-Louis, le plus vieux de Versailles, que se situaient la plupart des indices. Les habitants s’impliquent autant que les participants dans le grand jeu, comme ce vieux vendeur d’électroménagers qui a invité une équipe dans sa boutique le temps de téléphoner à son père, pour vérifier l’exactitude d’une réponse. Un peu plus loin, un sculpteur affairé sur du marbre a lâché sa besogne pour indiquer où se situe le bureau d’architectes le plus proche.
Si les indices historiques sont d’une importance capitale, des épreuves sont également prévus. Pour l’une d’entre elles, particulièrement populaire, chaque équipe désigne un volontaire. Ce dernier doit discerner les poisons des potions aromatisées, les yeux bandés bien sûr.
Tout près de ce stand où se presse de nombreux curieux, le Comptoir de Magellan offre des bonbons artisanaux formés de cristaux de sucre et d’herbe. «Nous sommes la seule épicerie bio de Versailles», déclare fièrement Aurélie, la fille de Nina à la tête de cette entreprise familiale spécialisée en foie gras.
En fin d’après-midi, les participants éreintés se pressent pour rapporter toutes les bonnes réponses à la mairie avant 17h. C’est l’heure limite pour être éligible au tirage des 20 prix. «Les commerçants sont très généreux, souligne Mme Boëlle, ils offrent des repas, des bouteilles de vin d’ici, des paniers gourmets et même une nuit au Trianon Palace.»
Grâce à internet, la popularité du jeu s’est répandue rapidement en deux ans. Des participants viennent des quatre coins du pays, et certains même de Russie, de Belgique et de Pologne. Si la célébrité de cette cité royale n’est plus à faire aux quatre coins du globe, les secrets des Rois de France ont encore et toujours de quoi surprendre.













