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Le rêve dominicain

Publié le 09 September 2009 by Ipso-facto

Un reportage de Catherine Tourangeau

Les bateyes (prononcer « bat-eille »), réalité propre à la République dominicaine et à Cuba, sont des villages improvisés à proximité des champs de canne à sucre, construits sommairement par ceux qui y travaillent. Dans le cas dominicain, l’existence même des bateyes est liée à l’immigration – le plus souvent illégale – des Haïtiens. La petite localité de Muñoz, située à six kilomètres à peine des célèbres plages de Puerto Plata et à moins d’un kilomètre des grands complexes hôteliers de la Playa Dorada, est un de ces bateyes.

L’espoir d’une vie meilleure

Constructions improvisées, sous de nombreux aspects, vivre dans un bateyes est dangeureux.

Constructions improvisées, sous de nombreux aspects, vivre dans un bateyes est dangereux.

La coupe de la canne à sucre est considérée comme une occupation dégradante par les Dominicains, qui préfèrent généralement rester sans emploi plutôt que de s’y abaisser. Attirés par le niveau de vie plus élevé de leurs voisins, les travailleurs de la canne sont pour la plupart des immigrants haïtiens. Sans le sous et sans-papier, ne parlant généralement pas espagnol, ils sont contraints d’accepter de vivre dans les conditions les plus sordides. Cette situation a donné lieu à un trafic de main d’œuvre qui attire les foudres des protecteurs des droits de l’Homme sur l’administration du pays. En 2006, l’organisme Amnesty International s’est penché sur la question et a produit un rapport dans lequel il enjoint l’administration dominicaine à prendre des mesures visant la protection des travailleurs de la canne à sucre (1).

Les Haïtiens, désireux de quitter leur pays pour trouver un emploi et de meilleures conditions de vie, sont recrutés pour travailler dans les champs de canne par des chasseurs-de-tête dominicains. Ces derniers leur promettent un logis et un revenu en échange de leur travail. Ce n’est qu’une fois arrivés en République dominicaine que les Haïtiens constatent l’horreur de leur situation. Il est trop tard pour eux : ils n’ont pas les moyens de retourner en Haïti ou de tenter leur chance ailleurs. Souvent ils se sont endettés pour traverser la frontière et pour faire le voyage jusqu’aux champs de canne. Leur salaire de crève-faim est à peine suffisant pour assurer leur subsistance. Impossible alors pour eux de payer un loyer pour un logement décent : c’est ainsi que naissent les bateyes.

Un lieu de désolation

Les bâtiments sont construits à partir d'enchevêtrement de tout ce qui a pu être ramassé.

Les bâtiments sont construits à partir d'enchevêtrement de tout ce qui a pu être ramassé.

Les maisons des bateyes sont construites avec les matériaux disponibles (planches, plaques de tôle, boites de conserve…) et de façon assez grossière. Il n’existe pas de système de traitement des eaux ou d’électricité dans les bateyes ; avoir un toit est déjà un luxe. Il n’est pas rare qu’une maison d’une seule pièce, sans électricité, sans eau courante, accueille une famille élargie d’une dizaine de personnes.

En plus de l’absence de confort matériel, les bateyes sont à la merci de problèmes sociaux plus profonds. La sous-nutrition et la malnutrition sont chose commune, de même que d’autres maux attribuables à une situation sans issues de secours : prostitution, alcoolisme, toxicomanie. Le taux de prolifération du VIH peut y grimper jusqu’à 13%, alors que la moyenne nationale n’est que de 1% (2).

Piégé par un contexte social d'extrême pauvreté, les chances de sortir de la misère sont minces pour ces enfants.

Piégé par un contexte social d'extrême pauvreté, les chances de sortir de la misère sont minces pour ces enfants.

Autant de tares sociales qui sont le fruit d’une apathie caractéristique aux milieux d’extrême pauvreté. Les habitants des bateyes ont très peu de chance de sortir un jour de leur misère. Ils sont pris au piège d’un cercle vicieux. L’exemple est cru, mais néanmoins tiré de la réalité de Muñoz : Yonaisa est une fillette de sept ans dont la mère, âgée aujourd’hui de 18 ans, se prostitue depuis qu’elle en a 11. Difficile de croire que Yonaisa réussira à prendre un autre chemin…

La pauvreté matérielle et la pauvreté intellectuelle qui découlent de telles conditions de vie éliminent à peu près tout ce qui reste de dignité humaine chez ces gens, qui en viennent eux-mêmes à se considérer comme des sous-hommes. La réalité des bateyes et de l’immigration massive d’Haïtiens est à l’origine d’une discrimination sociale assez alarmante en République dominicaine. On y distingue trois types de peaux : la piel blanca (blanche), la piel morena (couleur café) et la piel negra (très foncée). Plus la peau est pâle, plus on a de la valeur.

Un peu d’espoir : les albergue

Il existe néanmoins une lueur d’espoir pour les Dominicains et les Haïtiens des bateyes. Sans compter l’apport extérieur des organismes non-gouvernementaux et des projets indépendants d’aide humanitaire, les bateyes reçoivent de l’aide de certaines communautés dominicaines, pour la plupart des communautés religieuses. Cette aide est timide, certes, et assez limitée, mais elle est la bienvenue pour les habitants de ces taudis.

Les albergues tentent de sortir les enfants de la noirceur des bateyes pour leur assurer un avenir plus rose.

Les albergues tentent de sortir les enfants de la noirceur des bateyes pour leur assurer un avenir plus rose.

Le phénomène des albergue (littéralement « auberge »), des maisons d’accueil pour enfants dans le besoin, est un exemple. Les albergue offrent à certains enfants l’opportunité de sortir de la misère, d’aller à l’école, de manger trois repas par jour et d’avoir accès à des soins de santé. Cependant, les albergue et leur capacité limitée subsistent  en grande partie grâce aux dons de touristes généreux et de subventions d’organismes internationaux comme Wings of Support et Rotary International. La situation demeure malheureusement précaire mais la canne à sucre, illusion de  prospérité pour les immigrés clandestins, continue de faire rêver.

(1)  http://www.amnistie.ca/content/view/10438/254/
(2) http://www.bateyrelief.org/work/projects/the-bateys/

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Little Boy, 60 ans plus tard

Publié le 06 September 2009 by Ipso-facto

Un reportage de Raphaël Bouvier-Auclair

Sadako Sasaki avait deux ans lorsqu’une bombe atomique explosa à Hiroshima le 6 août 1945. Sur le coup, la fillette n’a montré aucune séquelle apparente de l’attaque étasunienne, bien qu’elle se trouvait à environ deux kilomètres de l’hypocentre de l’explosion.

Statue à la mémoire de Sadako Sasaki

Statue à la mémoire de Sadako Sasaki

À partir de 1954, des symptômes ont graduellement fait leur apparition. Cette même année, près de neuf ans après l’explosion de Little boy sur Hiroshima, une leucémie fut diagnostiquée à la jeune fille.

Pleine d’espoir de guérison, Sadako s’est fiée à une légende nipponne voulant que les dieux réalisent les vœux de quiconque confectionnant mille grues de papier. La fillette se mit au travail et créa quelques 644 grues, avant de s’éteindre en octobre 1955.

L’attaque nucléaire a profondément meurtrie la ville d’Hiroshima. La statue à la mémoire de Sadako Sasaki et les milliers de grues de papiers qui y sont déposées chaque année ne sont que quelques unes des cicatrices encore bien visibles de la municipalité de plus d’un million d’habitants.

Le dôme Genbaku, patrimoine mondial de l'UNESCO

Le dôme Genbaku, patrimoine mondial de l'UNESCO

Le Parc de la Paix, immense espace ornant le centre-ville, rappelle à tous les visiteurs qu’Hiroshima a été la cible de la première bombe atomique lancée à des fins destructives. Tout près de l’hypocentre de l’explosion, une ruine est précieusement conservée. Le dôme de Genbaku, autrefois centre d’exposition industrielle, est la seule structure ayant résisté au choc de la déflagration nucléaire. Au lendemain du drame, les autorités municipales et nationales ont décidé, malgré une forte opposition, de conserver les vestiges du bâtiment afin de symboliser la destruction apportée par la guerre.

Outre cette ruine, reconnue patrimoine mondial par l’Unesco, le parc abrite plusieurs autres monuments. Au centre de la promenade, la Flamme d’Hiroshima, une imposante torche, brûle continuellement.

La Flame d'Hiroshima, qui restera allumée tant que toute production d'armes nucléaires n'aura pas cessée.

La Flame d'Hiroshima, qui restera allumée tant que toute production d'armes nucléaires n'aura pas cessée.

Icône d’un espoir pacifique, elle ne sera éteinte que lorsque toute production d’armes nucléaires aura cessée sur la surface du globe.

Au bout de l’allée traversant le paisible parc se trouve le  Hiroshima Peace Memorial Museum. Cet immense complexe composé de deux bâtiments reliés par une passerelle se veut un espace de réflexion sur les impacts que peuvent avoir une attaque nucléaire, qu’ils soient physiques ou psychologiques. Kahori Wada, porte-parole du musée, explique que plusieurs millions de personnes viennent visiter le site chaque année.  « Cela permet de perpétrer le souvenir des  événements de 1945» affirme-t-elle.

Malgré la période de plus de soixante ans qui s’est écoulée depuis l’attaque d’Hiroshima, la ville ne s’est pas complètement relevée du plus meurtrier des épisodes de son histoire. Contrairement à la croyance populaire, les radiations n’affectent pas la population née après la guerre. Kahori Wada insiste sur le fait que « certaines personnes qui étaient présentes au moment de l’explosion développent jusqu’à aujourd’hui des cancers et d’autres troubles de santé entraînés par les radiations». Des cancers et des cataractes, problème de vision, font parties des maux.

Le cénotaphe d'Hiroshima, avec le nom de toutes les victimes de l'attaque.

Le cénotaphe d'Hiroshima, avec le nom de toutes les victimes de l'attaque.

Ville moderne, Hiroshima n’oublie pas pour autant son triste passé. En combattant depuis plus de cinquante ans la prolifération de l’armement nucléaire, les différentes administrations municipales ont su faire de leur ville un centre de promotion de la paix. À chaque année, le 6 août, date de la tragédie, le maire d’Hiroshima prend la parole afin que ne se reproduisent plus les malheurs de Sadako Sasaki et des autres nombreuses victimes de la bombe A.

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