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Les grains de Banfora

Publié le 18 October 2009 by Ipso-facto

Un reportage de Youssef Shoufan

Les grains sont présents à tous les coins de rue de Banfora, quatrième ville en importance du Burkina Faso. Simplement composés de quelques chaises et quelques amis qui se réunissent devant un kiosque ou une maison, on y discute souvent pendant plusieurs heures. On en profite alors pour déguster le thé, dont la préparation s’étale au gré des longues discussions.

La préparation du thé peut prendre jusqu'à une heure avec ses trois services. Souleiman est ici en train de transvider plusieurs fois le tout pour une meilleure infusion.

La préparation du thé peut prendre jusqu'à une heure avec ses trois services. Souleiman est ici en train de transvider plusieurs fois le tout pour une meilleure infusion.

Rues et ruelles sont remplies de citadins de toutes les générations et classes sociales qui fréquentent ces lieux d’échange. Traoré Ben Seydou (les Burkinabés se présentent en commençant par leur nom de famille), explique pourquoi il va à son grain: «C’est très relaxant et ça nous permet aussi d’échanger sur nos angoisses personnelles. Le fait d’être en groupe, il n’y a rien de tel. Le grain, c’est un lieu où on se retrouve pour parler de la vie, se donner de conseils et d’essayer de voir les perspectives quant à l’avenir.»

La plupart du temps, ce sont des hommes qui se réunissent dans les grains. Certaines personnes, des femmes et des personnes âgées surtout, voient d’un mauvais œil ces rassemblements, très nombreux dans cette ville du sud du pays. «Les jeunes qui viennent au grain savent que ce n’est pas un lieu où l’on se rencontre pour faire le bordel, témoigne Traoré. Non, tout sauf ça. C’est un facteur d’union en fait.  On vient aussi se tenir au courant des nouvelles de la ville.»

Pour Fofana Ali aussi, les mauvais préjugés qu’on pourrait avoir du grain n’ont pas lieu d’être. «Beaucoup de personnes pensent que c’est un lieu pour délinquants. Mais aujourd’hui ça change, notamment parce que plusieurs des grains sont aussi des associations qui ont créé plusieurs activités rémunératrices pour les jeunes de ces mêmes grains. Vous allez trouver des maquis [NDLR: des bars], qui ont été ouverts par ces associations justement. Les gens qui voient cette solidarité changent d’avis sur ces endroits si nombreux et fréquentés.»

Le G22 est un de ces lieux de rencontre. Il est tout simplement nommé ainsi parce qu’il  a été fondé par 22 membres, il y a une vingtaine d’années déjà. Aujourd’hui, ils sont une quarantaine, âgés de 13 à 40 ans. Konaté Yaya, agent de santé, y vient régulièrement. «L’élément central qui nous unit, c’est le sport et après c’est le thé, indique-t-il. Nous discutons généralement de football [NDLR: soccer] et des transferts de joueurs par exemple.» En plus d’en parler, la majorité des hommes qui fréquentent le grain jouent au soccer tous les jours, dans un terrain tout proche, nommé l’Enfer, en raison du niveau de jeu, particulièrement élevé. Normal alors que ses membres soient tous très musclés et plutôt doués. Certains font même partie d’une équipe qui compétitionne dans la ville.

Outre le sport, l’actualité est aussi au cœur des discussions. Konaté ajoute d’ailleurs que les sujets les plus intéressants sont «ceux qui suscitent le débat.» «À la fin, nous nous donnons des idées et des conseils. Des conseils sur la vie et le comportement, les plus âgés donnant des conseils aux plus jeunes. Le respect de l’aîné compte beaucoup et c’est ce qui fait même la force du groupe.»

Les nombreux grains de Banfora vont probablement continuer à pousser et les perceptions à leur égard à changer. Attention cependant car ces grains sont dangereux…. Si vous commencez à en fréquenter un, il vous sera alors impossible de passer à côté la prochaine fois sans vous y arrêter et y passer… quelques heures, un verre de thé à la main!

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Ordures cherchent décharge

Publié le 12 August 2009 by Ipso-facto

Un reportage de Maxime Coursol

Le Burkina Faso est l’un des pays les plus pauvres du monde. Classé 187e sur 193 par l’ONU, c’est un exemple typique du pays en développement, où tout reste à faire.

Des déchets en plein ville.

Des déchets en plein ville.

À Banfora, une ville du sud-ouest du pays, la gestion des déchets est l’un des problèmes majeurs. Bien que sa population ait été estimée à 80 000 habitants en 2006 et qu’elle conti­nue d’augmenter, elle ne dispose toujours pas de services d’assainissement adéquats.

Il y a dix ans, à Banfora, la gestion des ordures ménagères était catastrophique. La municipalité, chargée d’offrir ce service, manquait cruellement de moyens financiers et faisait face à une forte hausse de sa population. Incapable de fournir à la demande, elle a dû se résoudre à ouvrir la porte au privé. Depuis 2001, quatre coopératives oeuvrant dans la collecte des ordures ont vu le jour et se sont bâties une clientèle.

Ces chèvres se nourrissent de détritus avant de nourrir les habitants de la ville.

Ces chèvres se nourrissent de détritus avant de nourrir les habitants de la ville.

Mais la privatisation du ramassage des déchets n’a pas réglé tous les problèmes. Plusieurs habitants n’ont pas les moyens de payer leur cotisation mensuelle aux entreprises de collecte, ce qui les oblige à se débarrasser de leurs ordures autrement. Beaucoup de déchets sont donc jetés dans la rue, où ils s’accumulent jusqu’à ce que quelqu’un décide de les brûler. Les impacts d’un tel comportement sont énormes, tant au plan environnemental qu’hygiénique. Plusieurs Banforalais possèdent en effet des moutons ou des chèvres. Ceux-ci vont souvent brouter dans les ordures avant de se retrouver tôt ou tard dans l’assiette des humains.

Issa Yao, responsable du dossier au Centre régional pour l’eau potable et l’assainissement (CREPA), est celui qui a conseillé à l’administration municipale de Banfora de faire appel au pri­vé. Il est très déçu du résultat présent. « La mairie n’a pas joué son rôle, déclare-t-il. À la base, le but était de laisser au privé le soin de ramasser les ordures, afin de concentrer leurs efforts sur la répression des mauvais comportements et la création d’un site d’enfouissement. Mais force est de constater que depuis la privatisation, la Ville s’est désintéressée du projet. »

Lydie Somé, présidente de Natura, une des quatre coopératives œuvrant dans la collecte des or­dures à Banfora, abonde dans le même sens: « Le vrai problème, c’est que la mairie n’a pas d’orientation. L’assainissement n’est pas la priorité de nos dirigeants municipaux, si bien que tout le monde fait un peu ce qui lui plaît. »

Pourtant, au départ, tout semblait bien aller. Plusieurs textes ont été adoptés relativement au découpage de la ville en quatre zones, pour éviter les conflits entre entreprises de collecte, et à l’attribution de terrains pour y entreposer les ordures ramassées. Un protocole a même été élabo­ré entre la mairie et les coopératives, pour serrer la vis aux habitants qui jettent leurs déchets n’importe où et pour rendre obligatoire l’abonnement aux entreprises de collecte. Mais il n’a jamais été voté au Conseil municipal.

Le manque de matériel et d'effectif rend le travail de ramassage des ordures peu efficace.

Interrogé à ce sujet, le maire de la ville de Banfora a refusé d’accorder une entrevue à Ipso Facto. Quant à Mme Somé, la présidente de Natura, elle affirme que « les dirigeants municipaux n’ont jamais vraiment eu la volonté d’appliquer ce protocole. Leur priorité est de s’enrichir, et entretenir une police chargée de veiller à ce que les déchets ne se retrouvent pas dans la rue est coûteux. » Une Brigade verte existe tout de même à Banfora, mais ses effectifs sont peu nom­breux.

Un autre problème très important dans le dossier de la gestion des déchets à Banfora est qu’il n’y a pas de site d’enfouissement. La mairie n’a jamais investi pour créer un dépotoir digne de ce nom, ni une usine de traitement des ordures. En attendant, les entreprises de collecte se conten­tent d’accumuler les détritus recueillis sur des terrains municipaux non attribués, fort éloignés du centre-ville. Tous s’entendent pour dire qu’il s’agit d’une solution provisoire, à défaut de mieux, et qu’il importe que la Ville y consacre un peu plus d’attention.

« Les moyens manquent cruellement, et même si nous reconnaissons que la gestion des ordures ménagères est un problème important de notre commune, il reste qu’un site d’enfouissement est très dispendieux », rétorque Issakar Fayama, le responsable de la voirie à la mairie de Banfora, également en charge du dossier. Afin de prouver son point, il sort un document élaboré par un consultant indépendant en 1994: la seule réhabilitation des routes de la ville était alors estimée à dix milliards de francs CFA (environ 25 millions de dollars canadiens). Difficile de récolter une telle somme en taxant les citoyens: un Burkinabé gagne en moyenne 42 000 francs CFA (environ 105$ canadiens) par année et, depuis quinze ans, le coût de la vie a explosé au Burkina Faso.

Néanmoins, les gens restent confiants face à l’avenir. Lydie Somé est la première à croire à une amélioration. « Pour l’instant, la situation est difficile, mais tôt ou tard, les citoyens compren­dront. Mon association, comme les autres en ville, œuvre beaucoup pour sensibiliser le public à la nécessité de ramasser les ordures, et si nous finissons par avoir la majorité des Banforalais de notre côté, nous pourrons faire pression sur la mairie pour la forcer à agir. »

Issa Yao, responsable du dossier au Centre régional pour l’eau potable et l’assainissement (CREPA).

Issa Yao, responsable du dossier au Centre régional pour l’eau potable et l’assainissement (CREPA).

Issa Yao, de la CREPA, est également positif. « Le projet est toujours sur la table. Si la mairie retrouve son intérêt pour l’assainissement,  peut-être pourrons-nous trouver une entreprise privée pour s’occuper de la création d’une usine de traitement et d’un site d’enfouissement. En Afrique, il ne faut jamais dire jamais ».

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