Un reportage de André-Anne Lavergne Frenette
Le British National Party (BNP), parti fasciste d’extrême droite du Royaume-Uni, a remporté les deux premiers sièges de son histoire lors des élections parlementaires européennes du 4 juin dernier. Crise économique, hausse du chômage, scandales éclaboussant le parti au pouvoir : autant de conjectures qui annonçaient un résultat sans surprise, mais qui déçoit nombre de Britanniques.
Les deux nouveaux députés européens du BNP sont le chef du parti, Nick Griffith, élu dans la circonscription du Nord-Ouest, et Andrew Brons, candidat dans la région du Yorkshire et Humber, dans le nord du pays. Ils ont récolté tous deux moins de 10% dans leur circonscription, mais cela a suffit pour les amener à Bruxelles.
Le BNP, élu quelques fois déjà lors d’élections locales dans les municipalités ouvrières du Nord de l’Angleterre, a obtenu sa première victoire dans le sud-ouest du pays le 20 février dernier, signe d’un support grandissant au Royaume-Uni. Fort d’une nouvelle place dans le débat publique, le parti a présenté son idéologie controversée lors d’une campagne électorale mouvementée, marquée par des slogans chocs. D’après son manifeste, le BNP souhaite « encourager de manière ferme mais volontaire les immigrés et leurs descendants à retourner dans leurs pays d’origine. » Il s’est également prononcé en faveur d’un retour aux châtiments corporels et compte octroyer des pouvoirs accrus aux forces policières. Et, en réponse à la crise économique, le parti prône le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne ainsi que le protectionnisme économique.
De nombreuses personnalités, alertées par la récente montée du parti dans l’opinion publique, s’étaient mobilisées pour en freiner l’ascension. Les Pink Floyd et Blur, par exemple, dont des chansons se retrouvaient sur un disque mis en vente par le BNP pour rassembler des fonds, ont souhaité voir leurs œuvres retirés. Les archevêques de Canterbury et de York, deux figures de proue de la religion anglicane, ont appelé les électeurs à ne pas voter pour un parti qui « nourrit l’hostilité sur des bases de races, de croyances, ou de couleur. » Dans le sud du pays, une centaine de postiers ont même refusé d’en distribuer les tracts, se basant sur une clause de conscience qui leur permet de refuser toute correspondance jugée injurieuse.
La dégringolade du Parti travailliste
Le BNP a profité d’une débâcle aussi brutale qu’intense au sein du parti travailliste, pourtant à la tête du pays depuis 12 ans. Le scandale des remboursements de frais a fait tomber 10 membres du cabinet ministériel en quatre jours à peine. Un informateur anonyme a rendu publique des dépenses outrancières de la part des membres du gouvernement, le tout aux frais des contribuables. Outre les remboursements de prêts hypothécaires pour des résidences secondaires, d’autres dépenses plus incongrues ont profondément irrité les Britanniques. Par exemple, le membre de la commission parlementaire des Finances, Sir Peter Vigger, a destiné 34 000 euros à l’achat d’articles de jardinage tandis que le mari de la ministre de l’Intérieur, Jacqui Smith, a loué pour 70 euros de films pornographiques.
À quelques semaines à peine des élections parlementaires européennes et des élections locales, les Britanniques votant pour les deux en même temps, la désillusion de l’électorat a été sans détour : le parti travailliste a perdu l’ensemble de ses conseils locaux, laissant une chance aux partis minoritaires, comme le BNP, de récolter des votes de non-confiance.
Un chômage en hausse
Le Royaume-Uni est violemment frappé par la crise économique. Le nombre de personnes insolvables a bondi de 19% en 2009 pour atteindre 30 000 cas, un record. Le nombre de faillites a quant à lui augmenté de 56% au premier trimestre de 2009 en comparaison avec celui de l’année précédente. Le chômage a lui aussi connu une hausse, passant à 7,1%, soit 2% de plus qu’en 2006. Et selon le Center for economics and business research, la situation devrait encore s’aggraver.
Face à de telles conjonctures, le BNP a facilement séduit, notamment dans les régions minières du Nord, où les fermetures de mines se succèdent. Le repli sur soi du Royaume-Uni, proposé par le parti d’extrême droite, a paru de plus en plus viable pour bon nombre de personnes sans emploi qui se voient en compétition avec des immigrants sur le marché du travail. La première victoire du BNP, recensée en février dernier dans la municipalité de Swanley St Mary, coïncide notamment avec la faillite d’une compagnie de la région, Glaxo Smith Klein, laissant 600 personnes au chômage.
Un taux d’abstention record
Le taux de participation aux élections parlementaires est en constante diminution depuis 30 ans. Il a battu un nouveau record avec à peine 40% de votants. Ce phénomène profite de plus en plus au BNP dont les supporters, très motivés à voter, influencent les résultats lorsque le taux d’abstention est élevé, ce qui est le cas des élections locales et européennes. « Le parti a une stratégie efficace dans les municipalités. La détérioration des groupes politiques locaux a ouvert le champ libre au BNP pour mener sa campagne », indique le chercheur en conflits sociaux britanniques à l’Université de Manchester, le Dr Robert Ford.
Avec des gains pour de nombreux partis d’extrême droite dans différents pays d’Europe, la situation du Royaume-Uni reste toutefois particulière. Avec un Premier ministre, Gordon Brown, dont les jours sont comptés, la droite anglaise a eu le champ libre pour s’imposer comme la grande gagnante des dernières élections. Le BNP connait lui aussi son heure de gloire. Certains journaux n’ont pas pu s’empêcher de faire le lien entre la montée du parti en contexte de crise économique avec l’ascension d’Hitler suite à la crise de 1929. La comparaison paraît grossière, mais elle reflète bien l’inquiétude des Britanniques de se voir représenter par un chef de parti qui a déclaré peu après avoir été élu que le Royaume-Uni était « un pays chrétien et l’islam n’y est pas le bienvenu », avant d’indiquer ensuite : « nous ne sommes pas un parti raciste ».








