Un reportage de Catherine Genest
Imaginez-vous l’engouement pour les finales de division de la coupe Stanley multiplié par dix. La coupe du monde, c’est le sujet qui est sur toutes les lèvres à Lyon, dans le sud est de la France. Et ce, même si l’équipe nationale est devenue la risée du monde entier et la honte du pays.
Qu’on ouvre la télé, ou qu’on soit assis dans un café, le sujet revient toutes les cinq minutes au moins. Rien à voir avec la couverture qu’en fait Radio-Canada cette année, même si de grands efforts sont déployés pour promouvoir la coupe du monde de soccer au Québec. La différence, c’est que les médias de France en font vraiment tout un plat. Pour preuve : Nicolas Anelka a fait la une du téléjournal pendant deux jours consécutifs parce qu’il avait traité son coach de fils de pute. Un événement que les journalistes français on qualifié de crise nationale, parce que le dit-joueur a aussi été renvoyé de l’équipe de France. Rien de moins.
Au Royaume du Chocolat, un petit commerce local qui a pignon sur rue dans le Centre-Ville de Lyon, la pâtissière Amélie Clerc profite de la popularité de la coupe du monde pour vendre des ballons de football en chocolat. Et ce, même si les Français se sont inclinés 2 à 0 contre le Mexique et qu’ils n’iront pas en huitième de finale.
Mais la petite pâtissière ne croit pas que le manque d’estime qu’ont les Français pour leur équipe ait une incidence sur les ventes. «Les gens qui achètent nos ballons en chocolat ne sont pas tous des fans de foot. Beaucoup de gens les achètent juste parce qu’ils les trouvent beaux.» Sa clientèle préfère le ballon au chocolat noir plutôt que le véritable ballon d’or, même si ce n’est pas donné. Il en coûte entre 23 et 49 euros (de 29 à 61 dollars canadiens) pour un ballon d’environ 5 cm.
Et la petite chocolatière toute timide n’est pas la seule à avoir flairé la bonne affaire. Les compagnies nationales se garrochent pour se proclamer supporteurs officiels de la Fédération internationale de football (FIFA). Pour preuve, la chanson Something Good Can Work des Two Door Cinema Club est presque devenu l’hymne officiel de l’équipe de France, à cause d’une pub du Crédit Agricole diffusée sans arrêt.
Mais, depuis leurs cuisantes défaites, les Français qui soutiennent les Bleus se font de plus en plus rares et désertent pour d’autres camps. Ismaël Rotival, de descendance africaine, avoue avoir un faible pour l’équipe de la Côte d’Ivoire, même s’il habite le quartier de Balmont Est de Lyon depuis toujours.
14 juin, vers 16h. L’équipe fétiche de Ismaël rencontre celle du Portugal. Pour ne rien manquer, il monte au pas de course les escaliers du bloc d’appartement où il loge. «J’ai pris un break au boulot pour pouvoir aller voir le score. Ah mince! Où sont mes clés?»
Une bonne dizaine de minutes plus tard, et une fois la panique passée, Ismaël retrouve enfin son trousseau. Ouf! C’est toujours zéro à zéro. Une chance que grand-maman est là pour s’occuper de son fils Sami. Parce que papa Ismaël n’a pas le temps de s’occuper de son petit garçon de trois ans quand son équipe préférée dispute un match en coupe du monde. Le foot passe avant tout.
Sauf que la fièvre du ballon rond est loin d’avoir contaminé Célia Burtin, la voisine d’Ismaël qui habite le studio d’à côté. Le football, c’est un peu comme le hockey au Québec: c’est plus un truc de mec. Les rares fois que Célia écoute le foot, c’est pour faire plaisir à son amoureux. Elle aime bien écouter un match sans son copain une fois de temps en temps, mais le foot d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec la coupe du monde de 1998.
«J’adorais le foot à l’époque et pourtant j’avais seulement 11 ans, ajoute-t-elle. Faut dire qu’on avait l’équipe aussi. On avait même gagné la coupe du monde cette année-là et j’avais pas manqué un seul match.» Mais comme l’équipe de France l’a déçue ces dernières années, Célia ne les suit plus vraiment. Son copain Khalid, en revanche, ne manque pas une seule occasion d’en parler avec ses copains. «Des fois, j’ai l’impression que Khalid connait personnellement chacun des joueurs, il en parle comme s’ils étaient ses amis. Et il ne manque pas un match non plus.»
Contrairement aux Québécois, les partisans français n’ont pas vraiment le réflexe de se réunir dans les brasseries pour écouter le foot en groupe. Et ça, Rosy Bonaventure l’a appris à ses dépends. A 15h30, un seul client était assis dans la salle pour écouter un match qui opposait l’Argentine et Corée du Sud. Propriétaire du Café Comptoir de l’Hexagone dans le 6e arrondissement de Lyon, la dame comptait sur le match qui opposait la France au Mexique ce soir-là . «La France joue contre le Mexique ce soir et j’espère qu’il y aura plus de monde que d’habitude.» Compte-tenu de la pluie, les gens sont plutôt restés chez eux. Dommage pour Rosy.
Mais l’engouement du public est tout de même là . Les Français se regroupent par dizaines à la maison pour suivre les artistes du ballon rond, avec une attention que seuls les fans du Canadiens de Montréal peuvent égaler. Comme quoi, il n’y a que le sport qui change d’un pays à l’autre. Parce que côté partisannerie, c’est vraiment pareil.








June 25th, 2010 à 12:30
Très bon reportage j’aurais vraiment aimé être là !
June 25th, 2010 à 18:26
Superbe article !
C’est vrai que les médias en font tout un plat ! Mais de toute façon que ce soit le foot ou autre ! Tout ce qui est vraiment commercial ils vont en parler beaucoup alors qu’une catastrophe naturelle ou l’effet de serre ou un meurtre, ils en parlent 2 voire 3 jours à la suite puis c’est fini comme si ça n’existait plus !
Et pourquoi on parle pas autant de basket,handball que de foot ?! Parce que c’est une grosse machine à sous, et ça ne s’arrête pas qu’à une histoire de fédération de foot d’un pays ou de sport car les enjeux financiers sont bien plus importants que ça !
Imaginez la monstrueuse somme investi pour le stade de football en Afrique du sud alors que c’est le pays le plus dangereux du monde, ou le contraste économique au sein de la population est très contrasté, bien plus qu’en France.
Après on dit ouais mais ceux qui font commerce aux alentours du Stade ou ceux qui vendent les sortes de trompettes se font du fric.
Faut savoir que ces vendeurs sont contrôlés. C’est pas le black des Bidonville qui essaye de se faire de l’argent à sa manière ou les pauvres qui ont même pas de travail ou scolarité qui vont vendre ou se payer une place au Stade !
Je trouve ça Scandaleux qu’une telle somme soit dépenser pour un quelques matchs de foot pour la coupe du monde dans un pays ou la majorité de la population est très pauvre !
En gros on parlera de ce qui est vraiment commercial et rentable et non pas du plus important au point de vue humain. On pourrait qualifier les médias de médias capitalistes en somme.
Moi personellement le foot je m’en contrefiche, ça va pas changer ma vie et d’entendre parler de ça non stop ou a la télé ça me donne envie de shooter toute l’équipe de foot et des supporters qui se plaignent de Raymon Domenec, ils ont qu’à faire du foot sans entraineur en s’entrainant entre eux en équipe. On verra si ils mettront autant de buts que les allemands dès le début !
Je préfère voir un club de foot d’un village ou d’un établissement scolaire en face, que de regarder sur cette télé pourrie qui nous abrutie jour après jour pour regarder des matchs ou le seul intérêt final n’est que l’argent !
Dire que les bleus sont la honte de la France et que c’est une crise ! Plutôt dire que c’est Mr Sarkozy la honte des Français et que c’est une crise voire une abberration que d’avoir cette personne comme président; encore à l’heure actuelle ! Je pense que les bleus ont déjà assez la pression pour qu’on leur rajoute une couche !
Ah les médias français et le capitalisme c’est ça la grande crise humaine. C’est ça la vraie pathétie !
Espérons qu’une d’une manière ou d’une autre cette surmédiatisation exagérée servirons aux moins riches, telle que Rosy qui essaye de faire son business tranquillement !
June 25th, 2010 à 22:02
Très bon reportage Catherine,tu fais du bon boulot!!!
June 26th, 2010 à 11:57
Bravo. Tu nous fais partager l’ambiance qui règne à travers le quotidien des gens.
June 28th, 2010 à 02:06
Très bon reportage, bien écrit et clair. Les commerces ont du ressentir la chute de l’équipe de France.
Enfin quand je dis joueurs, c’est vite dit. Cela ressemblait plutôt à une cours de récréation, complété par des caïds de bac à sable.
Lamentable.