Un reportage de Véronique Voyer
Chaque lundi, une vieille cave au coeur de Paris accueille la relève artistique et des noctambules pas comme les autres. Après les grosses soirées de fin de semaine, l’association Beaucoup de bruit pour rien rassemble passionnées de culture et amateurs de grosses cernes pour le retour au travail. Attention, c’est sur réservation!
La folie des nuits parisiennes mérite sa réputation. Le lundi soir, les plus courageux prolongent la fin de semaine. Vers vingt heures, près de la Place de la République, des invités se font la bise tout en buvant l’apéro. Le concept est simple, chacun apporte une bouteille de vin et paie cinq euros pour le repas. Au menu, on retrouve quatre services, dont les fromages et le dessert. C’est le président de Beaucoup de bruit pour rien, Aurélien Cruse, qui mitonne le tout.
Étudiant en médiation culturelle, il déplore le manque de projets communs dans notre société. En 2008, il lance le concept des dîners dans un cadre informel avec des amis de fac. Puis, après un voyage scolaire à Budapest, le noyau des adeptes s’élargit et l’appartement d’Aurélien commence à être petit pour l’envergure de la soirée. «C’était serré avec 30 à 40 personnes par dîner», explique-t-il. Petite précision: l’heure du diner en France est celle d’un souper au Québec.
Depuis, le concept est de plus en plus populaire. «Le fait que la fac soit finie est un plus. C’est une opportunité de développer un réseau», souligne le président. Des tables sont installées le lundi dans les caves de son appartement, avec l’accord des voisins qui prêtent gratuitement le lieu pittoresque. Les vieilles pierres et l’escalier en tire bouchon donnent du cachet à l’endroit.
Créée pour mieux gérer les soirées, Beaucoup de bruit pour rien est née il y a trois mois. Le nom, inspiré par le titre d’une pièce de Shakespeare, rassemble une quinzaine de personnes qui organise le tout. En découle la soirée impro-dessins le jeudi à l’Abracadabar et la collaboration à des festivals ou autres événements culturels. «On se définit comme une plateforme culturel, on touche à toutes les disciplines: graffiti, impro-dessin, théâtre, cinéma, etc. On essaie de mettre des gens en lien et ça marche», souligne la vice-présidente, Hélène Chevallier. Un court métrage tourné récemment par des personnes qui se sont rencontrées lors des soirées est un exemple concret de ce type de réalisations. «Ce qui me rend vraiment fier, c’est de voir naître des projets conçus par des gens qui ont étudié la même chose dans la même école, mais qui ne s’étaient pas rencontrés avant les dîners du lundi», explique Aurélien.

Une vieille cave sous la ville lumière, un repas aux chandelles et des animations culturelles. Le concept est aussi simple qu'efficace.
Un concert ou une expo-photo rythme le quotidien de la soirée hebdomadaire. On assiste aux prestations de Charlie Dahl et le royal big band, Rue de Prague ou Lhurgoyf. L’émergence musicale est à l’honneur. «Ce sont des coups de cœur dans des styles de musique complètement différents et, jusqu’à maintenant, le public n’a jamais été déçu», souligne Hélène.
Mais pourquoi les lundis? Et pourquoi une cave? «Parce qu’il ne se passe rien nulle part. Puis tous les grands commencent dans les caves, répond Aurélien en souriant, visez la lune et vous finirez par tomber dans les étoiles!» Hélène, à ses côtés, reste plus pragmatique: «L’aspect bougies et vieilles caves plaît beaucoup, c’est un lieu de rencontre intéressant.»
Snob les Parisiens?
L’ouverture d’esprit est gage de réussite. Si les Parisiens ont la réputation d’être snobs et pressés, les nouveaux sont accueillis chaleureusement lors de ces soirées de début de semaine. «Les habitués invitent leurs amis, d’autres découvrent l’asso via Facebook, explique Hélène Chevallier, on accueille parfois des voyageurs du Brésil, d’Angleterre, du Canada et du Cameroun. C’est une occasion pour les étrangers de rencontrer de “vrais Parisiens” puis de discuter de culture dans un aspect convivial.» Le président acquiesce, une coupe de vin à la main. «L’aspect convivial des soirées facilite les rencontres et, du coup, l’ouverture des gens vers divers projets se fait naturellement», conclut le jeune homme aussi appelé «archimanitou» par les habitués du lundi. Si certains s’échappent vers minuit pour sauter dans le dernier métro, l’animation est assurée jusqu’en matinée pour les plus courageux de ces oiseaux de nuit.






