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Trouver chaussure à son pied à Lyon.

Publié le 06 August 2010 par Ipso-facto

Un reportage de Catherine Genest

Le temps semble s’être arrêté sur la rue des Trois Maries, un recoin méconnu du Vieux Lyon. Ici se cache l’atelier Art-Peaux, un des rares regroupements de bottiers qui réussit à tenir tête au diktat de l’industrie de la chaussure bon marché. Et pour cause, le bottier est à la chaussure ce que le forgeron est aux fers à chevaux: un métier en voie de disparition.

Laurent, dans son atelier orné de pieds moulés dans le plastique.

Laurent, dans son atelier orné de pieds moulés dans le plastique.

Pourtant, Thierry Frilet et son collègue Laurent gagnent bien leur vie avec leurs créations sur cuir depuis respectivement 23 et 10 ans. L’usure de leur tablier et le nombre de pieds moulés dans le plastique ornant l’atelier en témoignent: ils ont bâtit leur carrière sur nos orteils.

Avec les beaux jours estivaux, les clients veulent avoir les pieds à l’air et comme le client est roi, les bottiers s’exécutent. «L’été, c’est la plus grosse période de l’année pour nous. Ce qu’on fabrique le plus, ce sont des sandales», laisse savoir Thierry. Pendant que Laurent travaille le cuir, Thierry s’affaire à élaborer des modèles selon les goûts et les exigences des clients.

Mais qui a donc le réflexe d’aller dans cet atelier à l’architecture médiévale, dans le Vieux-Lyon, quand les centres commerciaux des artères commerciales abritent des  magasins de chaussures par dizaines? Exit les préjugés. Selon Thierry, la fabrication de chaussures sur mesure rejoint une clientèle extrêmement large. «On a des étudiants, des dames âgés qui recherchent le confort mais aussi des gens qui ont de graves problèmes de pieds. Toutefois, nos clients les plus fidèles sont ceux qu’on appelle les bobos, les bourgeois bohèmes», lance Laurent en riant.

Seul talon d’Achille,une paire de chaussures chez Art-Peaux coûte beaucoup plus cher que celles des centres commerciaux, marques prestigieuses en moins. Pour un modèle fabriqué sur-mesure, il en coûte de 150 euros (environ 200$CAD) pour une femme, tandis que pour un homme le prix de base est de 200 euros (environ 270$CAD). La différence de prix s’explique tout simplement par le fait que les hommes ont généralement de plus grands pieds que les femmes.

Hervé travaille aussi chez Art-Peau. Il peaufine les modèles de la boutique.

Hervé travaille aussi chez Art-Peau. Il peaufine les modèles de la boutique.

Pour Thierry, le prix de ses chaussures se justifie par la qualité irréprochable des matériaux. La possibilité de créer son propre modèle et qu’il soit moulé spécialement pour notre pied valent également le coût selon lui. «Ici, nos modèles ne sont pas faits en Chine. C’est un travail d’artisan. Un travail de perfectionniste.»

Et contrairement à ce que certaines victimes de la mode pourraient croire, les modèles que fabrique Art-Peaux sont loin d’être en retard sur les tendances. Dans la boutique, les spartiates sont reines cet été, tant sur sur les trottoirs que sur les passerelles des défilés. «Beaucoup de gens nous commandent des chaussures pour avoir un modèle unique qu’ils ne trouveront pas ailleurs», ajoute Thierry.

Mais Thierry et Laurent ont de la compétition. Un autre Thierry, Frotin cette fois, fabrique aussi des chaussures sur mesure dans un autre commerce de la ville. Mais ses confrères n’ont pas l’air trop inquiet. «Il y avait une promotion à la maternité pour les bottiers!», se réjouit Laurent. Comme quoi, entre bottier lyonnais, on se serre les coudes plutôt que de se tirer dans le pied.

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Le Monsieur Bons Offices de la Politique Rwandaise

Publié le 30 July 2010 par Ipso-facto

Un reportage de Virginie Karagirwa

La ville de Kigali est en effervescence. Les journaux locaux publient avec attention chaque détail sur les candidats se présentant à l’élection présidentielle du 9 août 2010, alors que des voitures munies de mégaphones sillonnent la ville afin de rappeler aux citoyens d’aller voter. L’ambiance ne trompe pas, la campagne bat son plein au Rwanda. Dans ce tumulte, une institution peu commune se prépare elle aussi à suivre de près le déroulement des évènements.

Un des nombreux panneaux publicitaire encourageant les Rwandais à voter lors des élections présidentielles du 9 aout 2010.

Un des nombreux panneaux publicitaires encourageant les Rwandais à voter lors des élections présidentielles du 9 aout 2010.

Le Forum, plus communément appelé Forum des partis politiques, réunit les dix partis du pays. Pour le Forum, les élections sont un évènement capital car elles vont mettre à jour le travail de formation qu’effectue l’institution au sein des partis politiques. «C’est un moment important car le Forum bénéficiera d’un niveau de prestance élevé de la part des partis politiques», explique Anicet Kayigema, secrétaire exécutif du Forum.

Le Forum des Partis Politiques est une institution crée par l’État qui a pour but de promouvoir la discussion entre les différents partis politiques. Il a été mis en place après le Génocide des Tutsis du Rwanda en 1994. Pendant la période menant jusqu’à l’extermination de la minorité ethnique, les Tutsis, les principaux partis politiques ont encouragé la majorité Hutu à perpétrer le génocide en leur inculquant des idéologies de haine ethnique. C’est afin d’empêcher que des partis politiques puissent à nouveau mener le pays à la destruction que le Forum des partis politiques a été instauré de façon informelle en 1993, puis ouvert officiellement en 2003.

Aujourd’hui le Forum est une institution indépendante reconnue qui informe les partis politiques sur les mécanismes d’une démocratie et discute avec eux des différentes actions prises par le gouvernement. Seuls les partis politiques agréés par l’État peuvent être membre du Forum. Ces derniers mois le Forum s’est appliqué à les informer des règlements qu’ils doivent suivre pour présenter un candidat à la présidence. Mais le Forum tient à rester impartial. «Nous avons un rôle disons indirect. Nous donnons beaucoup d’informations niveau communication stratégique mais nous ne pouvons interférer dans les décisions des partis politiques», indique Kayigema.

Anicet Kayigema secrétaire exécutif du forum tient les réunions de l'assemblée et représente le forum

Anicet Kayigema, secrétaire exécutif du Forum, tient les réunions de l'assemblée et représente le forum

En tant que secrétaire exécutif, Kayigema gère les activités quotidiennes du Forum, planifie et organise les assemblées. Membre du Parti Libéral (PL), il a dû signer un agrément stipulant qu’il n’aurait aucun rôle de gestion ou de prise de responsabilité dans son parti. «Si je viens d’un parti, on peut penser que je suis partial. Ça me met donc plus à l’aise de mettre de la distance entre mon parti et moi et de même ça met plus à l’aise les autres».

Malgré les efforts pour assurer toute objectivité dans les actions du Forum, les institutions internationales jettent un regard méfiant sur celui-ci. Beaucoup le soupçonnent d’être un outil du gouvernement pour contrôler les autres partis politiques. Gaston Bilbao, directeur de la branche National Democratic Institute, un organisme non-gouvernemental américain qui travaille avec le forum sur le renforcement des partis politiques au Rwanda, éprouvait les mêmes inquiétudes. «Je suis arrivé avec un préjugé car j’avais écouté les soupçons des institutions internationales. Ça m’a pris 8 à 9 mois pour voir que le forum est un bon instrument démocratique créé par les Rwandais, car tous les partis sont représentés. »

Les organismes qui travaillent au Rwanda sont invités à visiter le forum. Cependant Bilbao estime que le Forum ne s’ouvre pas assez, ce qui expliquerait l’opinion parfois négative que les pays étrangers s’en font. «Mes recommandations pour le Forum seraient d’essayer d’ouvrir un peu plus l’institution, inviter les médias ou les partenaires internationaux à participer aux débats de l’Assemblée, parce que les gens ne comprennent pas ce que le forum fait», conclu-t-il.

D’après Anicet Kayigema et Christine Mukabunani, présidente du seul parti d’opposition, le Parti Social-Imberakuri, l’ambiance au sein de l’Assemblée générale du Forum repose surtout sur la discussion. Il arrive cependant que des écarts se produisent. Le plus récent concerne une dispute interne au PS-Imberakuri suite à laquelle Mukabunani à été désignée nouveau chef du parti.

Du haut de la butte de Kacyiru, le Forum donne vue sur les dix drapeaux des partis membres ainsi que la colline de Gisozi en face.

Du haut de la butte de Kacyiru, le Forum donne vue sur les dix drapeaux des partis membres ainsi que la colline de Gisozi en face.

L’une de ses premières décisions a été de renoncer à présenter un candidat pour le poste de Président de la République. D’autres n’ont par contre pas hésité: le président sortant Paul Kagame du FPR, les candidats Prosper Higiro du PL, Jean Damascène Ntawukuliryayo du PSD (Parti Social Démocrate) et Alvera Mukabaramba du PPC (Parti du Progrès et de la Concorde).

Maintenant que quatre partis sont entrés dans la campagne présidentielle, le secrétaire exécutif du forum Anicet Kayigema explique que l’institution s’informe du temps d’antenne à la télévision et dans les radios locales de chaque candidat. Il vient aussi de faire installer des sites web pour tous les partis afin d’optimiser leur communication avec les citoyens. Toutefois le forum n’en oublie pas son rôle majeur: s’assurer qu’aucun parti politique ne pourra user de son influence pour encourager des divisions ethniques au sein de la population. Il comprend un comité d’éthique chargé de s’assurer qu’aucun membre ou parti politique n’émet d’idéologie génocidaire. Pour cela, le comité évalue si les membres respectent le code de comportements établi et demande aux partis de remettre à l’ordre ses membres s’ils fautent.

Entre-temps le Forum des partis politiques va continuer à suivre avec attention l’avancée des différents partis et de leurs candidats à l’élection présidentielle. Le secrétaire exécutif ne s’inquiète pas du résultat des élections, que ce soit pour le président ou le parti qui sera à la tête du gouvernement en août prochain, tant que le partage du pouvoir est respecté. Le Forum quant à lui ne s’arrêtera pas là, après les élections présidentielles, il devra se préparer pour les élections sénatoriales de l’année prochaine. Pour Anicet Kayigema, le travail du Forum est loin d’être fini. «On vient de loin, on avance, mais le plus intéressant c’est que l’on ne régresse pas».

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Mystère empoisonné à Versailles

Publié le 17 July 2010 par Ipso-facto

Un reportage de Véronique Voyer

Versailles a beaucoup plus à offrir que son château et ses jardins. À la mi-juin, une chasse au trésor permet à plus de 2000 curieux d’élucider l’Affaire des Poisons tout en découvrant la face cachée de la ville. Ce vieux scandale plonge les enquêteurs en herbe dans les richesses culturelles et historiques de la cité royale le temps d’un après-midi .

En 1676, la belle-sœur du roi meurt empoisonnée. Ce décès place en disgrâce Mme De la Montespan, une maîtresse du roi qui fricote avec la communauté des «devineresses», ce monde interlope d’avorteuses et de magiciens qui maîtrisent l’art des filtres d’amour comme des poisons.

Quelques-uns des 2000 participants de la chasse aux trésors.

Quelques-uns des 2000 participants de la chasse aux trésors.

C’est sur ce scénario que débute la chasse au trésor. Cette année, l’adjointe du maire Marie Boëlle est en charge de l’organisation de la 2e édition de l’événement estival, et la barre est déjà haute. «L’été dernier, les enquêteurs devaient découvrir qui a volé le collier de la reine. Ça été très populaire! Nous voulons attirer les touristes à l’extérieur du château pour leur permettre de découvrir les curiosités de la ville à travers son histoire.»

Le château, le Trianon et les jardins sont reconnus pour leurs fastes dorés et l’immensité du territoire qu’ils recouvrent. Difficile pour un touriste de parcourir la ville en plus de la demeure royale dans une même journée. «Si certains touristes imaginent qu’il n’y a que le château à voir ici, il passe à côté d’une ville charmante qui se nomme Versailles», souligne l’adjointe, aussi chargée du commerce et du tourisme. Ainsi, le terrain de jeu où les indices sont éparpillés comprend uniquement la ville. Pour faciliter leur recherche, les participants reçoivent un guide des curiosités de Versailles.

Divisés en 200 équipes de dix, les participants sont fébriles près du parvis de l’église où débute l’activité. Une fois le coup de départ donné, un jeune père dirige la poussette familiale vers le potager du roi, tout en portant sa fillette de trois ans sur ses épaules. «On va commencer par la fin, il n’y aura pas d’embouteillage», explique-t-il en se dirigeant vers le grand jardin, à quelques pas de l’église. Quelques équipes font de même. Les participants doivent identifier les plantes vénéneuses. Des enfants courent au travers des longues plate-bandes de plantes médicinales, de tomates, d’arbres et de fleurs. Après trente minutes de promenade, le papa, toujours motivé, rassemble l’équipe en bas âge et se dirige vers la boutique à l’entrée, des Sherlocks Holmes et des Hercules Poirot plein les bras..

Finalement, la réponse à la question se trouvait entre les pages d’un des dictionnaires arboricoles de la boutique. Un chef d’équipe note rapidement «anémone» tandis qu’un petit garçon épelle très fort «rhododendron». La promenade dans le potager était donc inutile pour le concours, mais le but est aussi de découvrir les charmes de cette ville-jardin.

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Comme le remarque un participant, c'est sur la rue du Jeu de Paume que fut signé le traité d'alliance entre la France et les États-Unis au XVIIIe siècle.

À l’époque où le roi avait sa cour, les  secrets faisait partie intégrante de la politique française. Cette richesse historique est exploitée tout au long du parcours. Ainsi, au détour d’un petit passage, un participant pointe le nom de la rue du Jeu de Paume. «C’est ici qu’ils ont signé le traité d’indépendance américaine avec Jeffersen», explique-t-il.

Cette année, c’est dans le quartier Saint-Louis, le plus vieux de Versailles, que se situaient la plupart des indices. Les habitants s’impliquent autant que les participants dans le grand jeu, comme ce vieux vendeur d’électroménagers qui a invité une équipe dans sa boutique le temps de téléphoner à son père, pour vérifier l’exactitude d’une réponse. Un peu plus loin,  un sculpteur affairé sur du marbre a lâché sa besogne pour indiquer où se situe le bureau d’architectes le plus proche.

Si les indices historiques sont d’une importance capitale, des épreuves sont également prévus. Pour l’une d’entre elles, particulièrement populaire, chaque équipe désigne un volontaire. Ce dernier doit discerner les poisons des potions aromatisées, les yeux bandés bien sûr.

Tout près de ce stand où se presse de nombreux curieux, le Comptoir de Magellan offre des bonbons artisanaux formés de cristaux de sucre et d’herbe. «Nous sommes la seule épicerie bio de Versailles», déclare fièrement Aurélie, la fille de Nina à la tête de cette entreprise familiale spécialisée en foie gras.

En fin d’après-midi, les participants éreintés se pressent pour rapporter toutes les bonnes réponses à la mairie avant 17h. C’est l’heure limite pour être éligible au tirage des 20 prix. «Les commerçants sont très généreux, souligne Mme Boëlle, ils offrent des repas, des bouteilles de vin d’ici, des paniers gourmets et même une nuit au Trianon Palace.»

Grâce à internet, la popularité du jeu s’est répandue rapidement en deux ans. Des participants viennent des quatre coins du pays, et certains même de Russie, de Belgique et de Pologne.  Si la célébrité de cette cité royale n’est plus à faire aux quatre coins du globe, les secrets des Rois de France ont encore et toujours de quoi surprendre.

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Quand sortir à Paris? Les lundis!

Publié le 08 July 2010 par Ipso-facto

Un reportage de Véronique Voyer

Chaque lundi, une vieille cave au coeur de Paris accueille la relève artistique et des noctambules pas comme les autres. Après les grosses soirées de fin de semaine, l’association Beaucoup de bruit pour rien rassemble passionnées de culture et amateurs de grosses cernes pour le retour au travail. Attention, c’est sur réservation!

La folie des nuits parisiennes mérite sa réputation. Le lundi soir, les plus courageux prolongent la fin de semaine. Vers vingt heures, près de la Place de la République, des invités se font la bise tout en buvant l’apéro. Le concept est simple, chacun apporte une bouteille de vin et paie cinq euros pour le repas. Au menu, on retrouve quatre services, dont les fromages et le dessert. C’est le président de Beaucoup de bruit pour rien, Aurélien Cruse, qui mitonne le tout.

Le président de l'association Beaucoup de bruit pour rien, Aurélien Cruz, aux fourneaux.

Le président de l'association Beaucoup de bruit pour rien, Aurélien Cruse, aux fourneaux.

Étudiant en médiation culturelle, il déplore le manque de projets communs dans notre société. En 2008, il lance le concept des dîners dans un cadre informel avec des amis de fac. Puis, après un voyage scolaire à Budapest, le noyau des adeptes s’élargit et l’appartement d’Aurélien commence à être petit pour l’envergure de la soirée. «C’était serré avec 30 à 40 personnes par dîner», explique-t-il. Petite précision: l’heure du diner en France est celle d’un souper au Québec.

Depuis, le concept est de plus en plus populaire. «Le fait que la fac soit finie est un plus. C’est une opportunité de développer un réseau», souligne le président. Des tables sont installées le lundi dans les caves de son appartement, avec l’accord des voisins qui prêtent gratuitement le lieu pittoresque. Les vieilles pierres et l’escalier en tire bouchon donnent du cachet à l’endroit.

Créée pour mieux gérer les soirées, Beaucoup de bruit pour rien est née il y a trois mois. Le nom, inspiré par le titre d’une pièce de Shakespeare, rassemble une quinzaine de personnes qui organise le tout. En découle la soirée impro-dessins le jeudi à l’Abracadabar et la collaboration à des festivals ou autres événements culturels. «On se définit comme une plateforme culturel, on touche à toutes les disciplines: graffiti, impro-dessin, théâtre, cinéma, etc. On essaie de mettre des gens en lien et ça marche», souligne la vice-présidente, Hélène Chevallier. Un court métrage tourné récemment par des personnes qui se sont rencontrées lors des soirées est un exemple concret de ce type de réalisations. «Ce qui me rend vraiment fier, c’est de voir naître des projets conçus par des gens qui ont étudié la même chose dans la même école, mais qui ne s’étaient pas rencontrés avant les dîners du lundi», explique Aurélien.

Une vieille cave sous la ville lumière, un repas aux chandelles et des animations culturelles. Le concept est aussi simple qu'efficace.

Une vieille cave sous la ville lumière, un repas aux chandelles et des animations culturelles. Le concept est aussi simple qu'efficace.

Un concert ou une expo-photo rythme le quotidien de la soirée hebdomadaire. On assiste aux prestations de Charlie Dahl et le royal big band, Rue de Prague ou Lhurgoyf. L’émergence musicale est à l’honneur. «Ce sont des coups de cœur dans des styles de musique complètement différents et, jusqu’à maintenant, le public n’a jamais été déçu», souligne Hélène.

Mais pourquoi les lundis? Et pourquoi une cave? «Parce qu’il ne se passe rien nulle part. Puis tous les grands commencent dans les caves, répond Aurélien en souriant, visez la lune et vous finirez par tomber dans les étoiles!» Hélène, à ses côtés, reste plus pragmatique: «L’aspect bougies et vieilles caves plaît beaucoup, c’est un lieu de rencontre intéressant.»

Snob les Parisiens?

L’ouverture d’esprit est gage de réussite. Si les Parisiens ont la réputation d’être snobs et pressés, les nouveaux sont accueillis chaleureusement lors de ces soirées de début de semaine. «Les habitués invitent leurs amis, d’autres découvrent l’asso via Facebook, explique Hélène Chevallier, on accueille parfois des voyageurs du Brésil, d’Angleterre, du Canada et du Cameroun. C’est une occasion pour les étrangers de rencontrer de “vrais Parisiens” puis de discuter de culture dans un aspect convivial.» Le président acquiesce, une coupe de vin à la main. «L’aspect convivial des soirées facilite les rencontres et, du coup, l’ouverture des gens vers divers projets se fait naturellement», conclut le jeune homme aussi appelé «archimanitou» par les habitués du lundi. Si certains s’échappent vers minuit pour sauter dans le dernier métro, l’animation est assurée jusqu’en matinée pour les plus courageux de ces oiseaux de nuit.

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Vous avez dit “cafécouture” ?

Publié le 02 July 2010 par Ipso-facto

Martena Duss et Sissi Holleis

Martena Duss et Sissi Holleis sont les deux créatrices du Café couture de Paris.

Coudre tout en buvant son café, c’est tout-à-fait banal. Mais coudre en groupe, dans un café de Paris réservé à des couturières en herbe ou plus expérimentées, c’est un peu plus inusité.

Daniel Blanchette Pelletier s’est rendu à Paris avec quelques euros en poche, où il a pu s’entretenir avec l’une des responsables du café-couture, Sissi Holleis.

Un reportage de Daniel Blanchette Pelletier

Vous avez envie de tenter l’expérience ? Rendez-vous à Paris, au 13 rue Lucien Sampaix. Métro Jacques Bon-Sergent. Six euros en poche suffiront pour louer une machine pendant une heure !

http://www.sweatshopparis.com/

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Fête de la musique, le retour aux sources

Publié le 29 June 2010 par Ipso-facto

Un reportage de Catherine Genest

Chaque année, les Français de toutes villes et régions confondues célèbrent le solstice d’été en musique. Pour la deuxième année consécutive, Montréal a copié la Fête de la musique française pour ce 21 juin. Et pour cause; l’événement fait courir les foules dans tout l’Hexagone depuis déjà 29 ans!

La fête de la musique est aux français ce que la Saint-Jean-Baptiste est aux Québécois : une rare occasion de se rassembler dans les rues et de fraterniser avec ses voisins. Même si on habite dans une grande ville comme celle de Lyon.

Il n’est pas encore 20h. Le quartier Bellecour est déjà pris d’assaut par des mélomanes avertis, mais surtout par des gens qui ont la ferme intention de s’amuser.

À Lyon comme dans le reste de l'Hexagone, les artistes de tout acabit étaient conviés à se produire à même la rue.

À Lyon, comme dans le reste de l'Hexagone, les artistes de tout acabit étaient conviés à se produire à même la rue.

Et pas question de rester scotché au même endroit pendant plus de 10 minutes. Dans les rues de Lyon, la plupart des passants se promènent d’une place à l’autre, sans itinéraire précis. Et avec plus de 100 lieux de spectacle différents - un record -  répartis un peu partout dans la ville, la musique est à chaque coin de rue. On passe du hard rock aux airs traditionnels des îles du Pacifique avec un naturel surprenant. Les barrières tombent le soir de la fête de la musique et les gens s’ouvrent aux différents styles.

Le tout se passe dans une ambiance bon enfant. Rien à voir avec la soirée de la Saint-Jean-Baptiste au parc Montmorency dans le Vieux-Québec. Ici, rares sont ceux qui boivent dans les rues. Les saoulons ne font pas partie du spectacle.

Stéphane travaille pour la gendarmerie de Lyon. Ce soir, il est affecté dans le métro. «Je travaille les soirs de la fête de la musique depuis maintenant deux ans. Il n’y a jamais eu d’incidents majeurs. Mais bon, on est quand même prêts à toute éventualité», fait-il savoir, avant de se précipiter près des voitures, ordre d’un supérieur qui lui interdit d’être photographié en service.

Si les policiers sont souvent perçus comme des rabats-joies lors des évènements publics, leur présence en très grand nombre à Lyon est loin de déranger. Pour de nombreux Lyonnais, le charme de cette soirée vient aussi du fait qu’elle est particulièrement sécuritaire.

Myriam est l’une de ceux-là. Croisée dans la rues vers 21h, elle marchait avec son conjoint et une petite fille fatiguée sur les épaules de ce dernier. «C’est une belle occasion de se rassembler et l’ambiance est super. Même avec le bébé, je me sens en sécurité», laisse-t-elle savoir d’une voix douce.

La fête de la musique, c’est aussi une occasion rêvée pour les artistes émergents de se faire connaître du grand public. À Lyon, exit les grands noms. Le 21 juin, on fête la musique pour ce qu’elle est et non pas pour les noms en tête d’affiche. C’est la fête des amateurs, comme les journaux de là-bas l’écrivent.

L’initiative est saluée par bien des Lyonnais friands de découvertes musicales, comme Maud et ses copains. «Moi, ce que j’aime c’est d’entendre jouer des groupes pas connus pour la première fois», dit-elle avec l’excitation que seule une fan de rock indé peut avoir.

De leurs côté, Tom et Thomas avouent que c’est une occasion en or pour sortir et rencontrer des gens sympathiques. Mais, bien évidemment, la raison principale de leur excursion reste la musique. Avec un tel public, que peuvent demander de plus les artistes de la relève? Vivement que les artistes montréalais puissent en profiter avec autant d’ampleur aussi!

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La fièvre du foot

Publié le 25 June 2010 par Ipso-facto

Un reportage de Catherine Genest

Imaginez-vous l’engouement pour les finales de division de la coupe Stanley multiplié par dix. La coupe du monde, c’est le sujet qui est sur toutes les lèvres à Lyon, dans le sud est de la France. Et ce, même si l’équipe nationale est devenue la risée du monde entier et la honte du pays.

Qu’on ouvre la télé, ou qu’on soit assis dans un café, le sujet revient toutes les cinq minutes au moins. Rien à voir avec la couverture qu’en fait Radio-Canada cette année, même si de grands efforts sont déployés pour promouvoir la coupe du monde de soccer au Québec. La différence, c’est que les médias de France en font vraiment tout un plat. Pour preuve : Nicolas Anelka a fait la une du téléjournal pendant deux jours consécutifs parce qu’il avait traité son coach de fils de pute. Un événement que les journalistes français on qualifié de crise nationale, parce que le dit-joueur a aussi été renvoyé de l’équipe de France. Rien de moins.

Des ballons en chocolats dans la vitrine du Royaume du Chocolat à Lyon.

Des ballons en chocolats dans la vitrine du Royaume du Chocolat à Lyon.

Au Royaume du Chocolat, un petit commerce local qui a pignon sur rue dans le Centre-Ville de Lyon, la pâtissière Amélie Clerc profite de la popularité de la coupe du monde pour vendre des ballons de football en chocolat. Et ce, même si les Français se sont inclinés 2 à 0 contre le Mexique et qu’ils n’iront pas en huitième de finale.

Mais la petite pâtissière ne croit pas que le manque d’estime qu’ont les Français pour leur équipe ait une incidence sur les ventes. «Les gens qui achètent nos ballons en chocolat ne sont pas tous des fans de foot. Beaucoup de gens les achètent juste parce qu’ils les trouvent beaux.» Sa clientèle préfère le ballon au chocolat noir plutôt que le véritable ballon d’or, même si ce n’est pas donné. Il en coûte entre 23 et 49 euros (de 29 à 61 dollars canadiens) pour un ballon d’environ 5 cm.

Et la petite chocolatière toute timide n’est pas la seule à avoir flairé la bonne affaire. Les compagnies nationales se garrochent pour se proclamer supporteurs officiels de la Fédération internationale de football (FIFA). Pour preuve, la chanson Something Good Can Work des Two Door Cinema Club est presque devenu l’hymne officiel de l’équipe de France, à cause d’une pub du Crédit Agricole diffusée sans arrêt.

Mais, depuis leurs cuisantes défaites, les Français qui soutiennent les Bleus se font de plus en plus rares et désertent pour d’autres camps. Ismaël Rotival, de descendance africaine, avoue avoir un faible pour l’équipe de la Côte d’Ivoire, même s’il habite le quartier de Balmont Est de Lyon depuis toujours.

14 juin, vers 16h. L’équipe fétiche de Ismaël rencontre celle du Portugal. Pour ne rien manquer, il monte au pas de course les escaliers du bloc d’appartement où il loge. «J’ai pris un break au boulot pour pouvoir aller voir le score. Ah mince! Où sont mes clés?»

Une bonne dizaine de minutes plus tard, et une fois la panique passée, Ismaël retrouve enfin son trousseau. Ouf! C’est toujours zéro à zéro. Une chance que grand-maman est là pour s’occuper de son fils Sami. Parce que papa Ismaël n’a pas le temps de s’occuper de son petit garçon de trois ans quand son équipe préférée dispute un match en coupe du monde. Le foot passe avant tout.

Sauf que la fièvre du ballon rond est loin d’avoir contaminé Célia Burtin, la voisine d’Ismaël qui habite le studio d’à côté. Le football, c’est un peu comme le hockey au Québec: c’est plus un truc de mec. Les rares fois que Célia écoute le foot, c’est pour faire plaisir à son amoureux. Elle aime bien écouter un match sans son copain une fois de temps en temps, mais le foot d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec la coupe du monde de 1998.

«J’adorais le foot à l’époque et pourtant j’avais seulement 11 ans, ajoute-t-elle. Faut dire qu’on avait l’équipe aussi. On avait même gagné la coupe du monde cette année-là et j’avais pas manqué un seul match.» Mais comme l’équipe de France l’a déçue ces dernières années, Célia ne les suit plus vraiment. Son copain Khalid, en revanche, ne manque pas une seule occasion d’en parler avec ses copains. «Des fois, j’ai l’impression que Khalid connait personnellement chacun des joueurs, il en parle comme s’ils étaient ses amis. Et il ne manque pas un match non plus.»

Rosy Bonaventure est la propriétaire du Café comptoir de l'Hexagone.

Rosy Bonaventure est la propriétaire du Café comptoir de l'Hexagone.

Contrairement aux Québécois, les partisans français n’ont pas vraiment le réflexe de se réunir dans les brasseries pour écouter le foot en groupe. Et ça, Rosy Bonaventure l’a appris à ses dépends. A 15h30, un seul client était assis dans la salle pour écouter un match qui opposait l’Argentine et Corée du Sud. Propriétaire du Café Comptoir de l’Hexagone dans le 6e arrondissement de Lyon, la dame comptait sur le match qui opposait la France au Mexique ce soir-là. «La France joue contre le Mexique ce soir et j’espère qu’il y aura plus de monde que d’habitude.» Compte-tenu de la pluie, les gens sont plutôt restés chez eux. Dommage pour Rosy.

Mais l’engouement du public est tout de même là. Les Français se regroupent par dizaines à la maison pour suivre les artistes du ballon rond, avec une attention que seuls les fans du Canadiens de Montréal peuvent égaler. Comme quoi, il n’y a que le sport qui change d’un pays à l’autre. Parce que côté partisannerie, c’est vraiment pareil.

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Coup d’envoi de la Coupe du monde de football 2010

Publié le 11 June 2010 par Ipso-facto

La Coupe du monde de soccer 2010 débutait aujourd’hui à Johannesburg, en Afrique du Sud. C’est la toute première fois qu’un pays africain accueille un événement sportif d’une telle envergure. La compétition regroupe des équipes de 32 pays et battra son plein jusqu’au 11 juillet prochain.

Le premier affrontement de la Coupe, disputé entre le pays hôte et le Mexique aujourd’hui, s’est soldé par un match nul 1-1.

L’équipe d’Ipso Facto Radio s’est entretenu avec Éric Mottet, professeur de géopolitique au Département de géographie de l’Université du Québec à Montréal et directeur de l’Observatoire de géopolitique de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques. Il a dirigé la rédaction de l’ouvrage Géopolitique de la Coupe du monde de football 2010.

Entrevue : Daniel Blanchette Pelletier
À la recherche : Karl Rettino-Parazelli

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Le français se rendra-t-il en finale?

Publié le 17 January 2010 par Ipso-facto

Un reportage de Frédéric Lacroix-Couture

À moins d’un mois des Jeux Olympiques de Vancouver, la question de la dualité linguistique est loin d’être réglée. Le bilinguisme est le talon d’Achille de l’organisation depuis le début des préparations.

En février dernier, les organisateurs montent un spectacle officiel pour souligner la dernière année de préparation avant le début des Jeux. À quelques jours de la représentation, faute d’avoir invité des artistes francophones, le comité organisateur fait appel à un musicien au nom francophone : Luke Doucet. Il est invité à chanter une chanson en français. Petit bémol, son répertoire est entièrement en anglais. Il traduit donc, avec l’aide de son père, deux de ses chansons.

Alors que l’organisation promettait la présence de plusieurs artistes francophones, les spectateurs ont dû se contenter de la prestation d’un artiste qui n’avait rien de français, sauf son nom. Cet incident a démontré à lui seul le travail qu’il restait encore à faire, il y a un an, en matière de bilinguisme.

Le Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver de 2010 à Vancouver (COVAN) et ses différents partenaires ont signé, le 14 novembre 2002, une entente dans laquelle tous s’engageaient à respecter les exigences en matière de langues officielles. Cette accord indiquait qu’une série de mesures serait adoptée afin d’y répondre, mais sept ans plus tard, rien ne laisse présager que le comité organisateur réussira à atteindre ses objectifs.

Vancouver s'apprête à accueillir l'événement le plus important son histoire. La langue de Molière aura-t-elle la chance de se faire voir? Le commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, se dit inquiet face à la visibilité qu'on accordera au français.

Vancouver s'apprête à accueillir l'événement le plus important son histoire. La langue de Molière aura-t-elle la chance de se faire voir? Le commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, se dit inquiet face à la visibilité qu'on accordera au français.


«Bien que le travail ne soit pas encore terminé, l’essentiel de la planification du bilinguisme des Jeux est complété. Avec l’aide de nos partenaires francophones et gouvernementaux, nous sommes confiants que les Jeux mettront en valeur les communautés francophones et anglophones», défend le porte-parole du COVAN, Sébastien Théberge.

«Ils ont sous-estimé le travail à faire», juge pour sa part le Commissaire aux langues officielles, Graham Fraser. En décembre dernier, il a une fois de plus manifesté son inquiétude devant le comité permanent des langues officielles quant à la place qu’occupera le français. Même son de cloche du côté de Richard Nadeau, porte-parole au Bloc Québécois en matière de langues officielles : «Il reste beaucoup de travail à faire pour avoir un visage francophone. Ils devront mettre les bouchées double.»

Le dernier rapport du commissaire, déposé au début de septembre dernier, soulevait plusieurs grosses lacunes. Les inquiétudes touchaient tout particulièrement  l’affichage à l’extérieur des sites de compétitions et le déploiement de bénévoles bilingues.

Francophones recherchés

Sur un total de 25 000 bénévoles, un minimum de 3 500 personnes devrait avoir une connaissance de l’anglais et du français. «Nous sommes confiants d’avoir recruté un nombre suffisant de bénévoles bilingues provenant des quatre coins du pays. Afin de pouvoir offrir un niveau de service bilingue à la hauteur des attentes, nous tentons actuellement de leur offrir, dans la mesure du possible, des postes qui auront un contact avec le public, les athlètes et les médias», confirme le porte-parole du COVAN.  Plusieurs journées de recrutements ont eu lieu dans différentes villes canadiennes comme à Montréal, Ottawa et Halifax.

«Il faut s’assurer que les visiteurs francophones puissent avoir du service en français à Vancouver ou qu’il ait un système de relais, c’est-à-dire qu’un bénévole anglophone unilingue aille chercher un bénévole bilingue au lieu de répondre “Sorry, I don’t speak French”», affirme M. Fraser. Richard Nadeau, député bloquiste qui siège également sur le comité des langues officielles, se demande de son côté si les bénévoles francophones pourront eux-mêmes bénéficier de services en français.

Du côté de la traduction, le travail demeurait encore colossal à l’automne. Selon le rapport de M. Fraser, le COVAN avait traduit environ 3 millions de mots sur un total de plus de 7 millions. Une somme de 5,3 millions de dollars a été octroyée par le gouvernement fédéral au Bureau de la traduction, ce qui devrait aider à résoudre les enjeux reliés à cet aspect, d’après Graham Fraser.

L’affichage et la signalisation posaient elles-aussi quelques soucis, notamment à l’extérieur des sites des Jeux. Toutes les affiches appartenant au comité organisateur doivent être en anglais et en français. En revanche, l’affichage appartenant à la province et aux municipalités n’est pas dans l’obligation de répondre à cette exigence.

Le COVAN doit alors inciter les villes de Vancouver et de Whistler, de même que le gouvernement provincial, à traduire leurs panneaux de signalisations dans les deux langues. «Les municipalités ont leur responsabilité», soutient le vice-président de la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique (FFCB), Serge Corbeil, qui collabore étroitement avec l’organisation des Jeux olympiques.

L’Aéroport : la porte d’entrée des Jeux

Pour les visiteurs, l’expérience olympique commencera à l’aéroport de Vancouver et tout porte à croire que le séjour des touristes francophones commencera mal. Se faire servir en français ne sera pas évident selon le rapport du commissaire. En effet, l’aéroport de Vancouver n’a pas obtenu la note de passage en matière de langues officielles.

Selon les observations faites sur les services offerts au public, seulement 53% de l’affichage actuel se faisait dans les deux langues. À part celui de Montréal, les autres aéroports internationaux du pays font également piètre figure en ce qui a trait au bilinguisme.

Le premier contact qu'auront les visiteurs avec Vancouver c'est l'aéroport. Malheureusement, pour les touristes francophones le service en français n'y est pas toujours disponible.

Le premier contact qu'auront les visiteurs avec Vancouver c'est l'aéroport. Malheureusement, pour les touristes francophones le service en français n'y est pas toujours disponible.

Voir et écouter les compétitions en français

Le choix du consortium des télédiffuseurs CTV-RDS-TQS pour la diffusion des Jeux Olympiques au Canada avait également suscité des craintes de la part des minorités francophones du pays. RDS et TQS ne sont disponibles que par câble au Québec. Par le passé, c’était la chaîne Radio-Canada/CBC qui avait cette responsabilité de diffuser dans les deux langues l’essentiel des compétitions.

Le 8 janvier 2009, RDS est parvenu à une entente avec les entreprises de télédiffusion par satellite telles que Star Choice et Bell ExpressVu. Elles offriront le signal du Réseau des sports gratuitement à leurs abonnés francophones vivant à l’extérieur du Québec. Il est aussi possible qu’une programmation sur Internet soit offerte.

Améliorations constatées

Malgré les difficultés rencontrées, le COVAN a pris diverses initiatives afin de remédier à la situation. «Il y a eu des progrès», note M. Fraser. À la suite d’une recommandation du commissaire, les organisateurs ont mis sur pied en avril dernier un comité consultatif sur les langues officielles. Composé de six membres, dont l’ancien Premier ministre français Jean-Pierre Raffarin, le comité a pour mission de conseiller le COVAN concernant ses objectifs en matière de langues officielles et de mise en valeur de la culture francophone.

En août dernier, le comité organisateur et le Grand témoin de la francophonie, Pascal Couchepin, signaient une convention pour la promotion du français lors des Jeux. Initiative de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), Pascal Couchepin a comme fonction d’observer la place réservée à la langue de Molière lors des événements. Ce poste a été créé en 2004, pour les Jeux Olympiques d’Athènes. En 2008, aux Jeux de Pékin, le Grand témoin était le politicien français Jean-Pierre Raffarin.

Ces mesures seront-elles suffisantes pour représenter comme il se doit la dualité linguistique du Canada? La réponse ne sera connue qu’au début des compétitions. «Nous allons voir les résultats aux Jeux Olympiques. Je ne connais personne qui est contre l’importance de la dualité linguistique», soutient Graham Fraser. «Le vrai test sera durant les Jeux», affirme quant à lui Richard Nadeau, député bloquiste dans le comté de Gatineau.

Les inquiétudes sont encore bien présentes concernant le dossier du bilinguisme. Elles ne pourront qu'être dissipées lors du début de Jeux.

Les inquiétudes sont encore bien présentes concernant le dossier du bilinguisme. Elles ne pourront qu'être dissipées lors du début de Jeux.

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L’espoir, le pécule du pauvre

Publié le 12 November 2009 par Ipso-facto

Un reportage de Véronique Voyer
Crédit photo: Constance Lahuna

«Tortiiiiiiiiilla!», s’égosille Transita Ruiz chaque jour, du matin au soir. Elle pousse sa brouette de bois remplie de ses quelques 400 petites crêpes au maïs encore chaudes. Cette mère monoparentale traverse les rues de Jinotepe, au Nicaragua, beau temps, mauvais temps, dans l’espoir de ramasser assez d’argent pour payer les études de ses trois enfants.

La vendeuse de tortilla Transita Ruiz s'arrête quelques instants sur le chemin qu'elle parcoure tous les jours, bien étonnée qu'on s'intéresse à son histoire.

La vendeuse de tortilla Transita Ruiz s'arrête quelques instants sur le chemin qu'elle parcoure tous les jours, bien étonnée qu'on s'intéresse à son histoire.

Les rues sont sinueuses, les trous sont nombreux, mais rien n’arrête ce vaillant petit bout de femme de plus de 80 ans. «Quand j’étais jeune, j’ai travaillé comme un homme dans les champs de café et les plantations de coton, je ne veux pas que mes filles aient à vivre ça!», confie-t-elle en désignant une excroissance grosse comme une balle de ping-pong sur son genou droit, souvenir douloureux de nombreuses années de dur labeur. «Maintenant, je ne suis plus bonne à rien!», lance-t-elle en riant.

Les histoires de courage ne manquent pas dans ce pays où la pauvreté fait partie de l’Histoire. Après plusieurs dictatures, une révolution et le passage destructeur de l’ouragan Mitch en 1998, le Nicaragua reste le 2e pays le plus pauvre au monde après Haïti selon l’ONU. La misère était le quotidien de près de la moitié des Nicaraguayens en 2008, avec un revenu de moins d’un dollars par jour.

Pour survivre, c’est la loi de la jungle. Les vendeurs passent la journée à hurler le nom de leurs marchandises en se promenant de rues en ruelles. «Huevos, dulces, helados!», ils répètent inlassablement le nom de leur produits ; des œufs aux jus de fruits sans oublier les desserts typiques du pays.

Conséquence de cette situation précaire, le travail des enfants est une chose courante. Ils sont nombreux dans les rues à vendre tomates, mangues ou  melons pour presque rien. Pourtant, l’école primaire est accessible et gratuite au Nicaragua. «Pour rejoindre les deux bouts, plusieurs familles priorisent l’argent rapide à l’éducation»,  explique Patricia Espinoza, la directrice du foyer pour enfants défavorisés Hogar infantil comunitario de Diriamba, sur la côte Ouest du pays.

Quelques uns des protégés du foyer pour enfants défavorisés Hogar infantil comunitario de Diriamba, sur la côte Ouest du pays.

Quelques uns des protégés du foyer pour enfants défavorisés Hogar infantil comunitario de Diriamba, sur la côte Ouest du pays.

Les enseignants eux-mêmes ont de la difficulté à subsister. «J’aimerais bien t’inviter à la maison, mais je n’en ai pas», confie timidement une enseignante qui préfère ne pas être nommée. Vivant entre quatre murs de fortune et un toit de tôle en bordure de la ville de Diriamba, elle possède un lit, quelques vêtements et un médaillon de la Sainte-Vierge. Si elle adore travailler avec les enfants, le seul substantiel avantage que lui procure son emploi est le repas gratuit du midi, souvent le seul de sa journée.

Ce dîner est composé de Gallo Pinto, un mélange de riz et de fèves rouges. Ces deux ingrédients sont à la base de l’alimentation au pays. Si le contenu des assiettes varie, les légumes et les fruits frais complètent habituellement le repas des plus nantis et la viande, véritable luxe, est consommée avec parcimonie.

Aux côtés de cette misère, la richesse de certains s’étale. La culture de la canne à sucre est une industrie prospère, principalement grâce au rhum Flor de Caña, réputé comme l’un des meilleurs d’Amérique latine. Cette liqueur ambrée est couronnée de plus d’une centaine de prix internationaux et l’entreprise familiale qui en est à la tête l’exporte dans 35 pays. Autres produits de la canne à sucre, les bière Toña et Victoria sont les deux plus grandes marques de bière brassés au pays. Mais leur prix à l’unité est trop élevé pour une vendeuse de tortilla ou une enseignante.

Le poète Rubén Darío, une des figures emblématiques du pays, a trouvé les mots qui collent à la réalité de sa nation : «Voici mon mal: rêver. La poésie est la chemise de fer aux mille pointes cruelles que je porte sur mon âme. Les épines sanglantes laissent tomber les gouttes de ma mélancolie.»(1) De Transita la vendeuse de tortilla à l’un des plus grands poètes d’Amérique du Sud, l’espoir et le rêve reste le propre de ceux qui font beaucoup avec peu.

Une des nombreuses cathédrales qui font le charme de Granada, une ville coloniale à l'image du pays où l'extrême pauvreté croise l'opulence. Destination touristique par excellence, elle est réputée pour ses boîtes de nuit (dont le fameux café de la "Nuit'') mais aussi par les mendiants qui sont passés maître dans l'art de trouver des manières originales pour berner les étrangers.

Une des nombreuses cathédrales qui font le charme de Granada, une ville coloniale à l'image du pays où l'extrême pauvreté croise l'opulence. Destination touristique par excellence, elle est réputée pour ses boîtes de nuit (dont le fameux café de la "Nuit'') mais aussi par les mendiants qui sont passés maître dans l'art de trouver des manières originales pour berner les étrangers.

(1) Extrait de Chants de vie et d’espérance.

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