Un reportage de Catherine Genest
Le temps semble s’être arrêté sur la rue des Trois Maries, un recoin méconnu du Vieux Lyon. Ici se cache l’atelier Art-Peaux, un des rares regroupements de bottiers qui réussit à tenir tête au diktat de l’industrie de la chaussure bon marché. Et pour cause, le bottier est à la chaussure ce que le forgeron est aux fers à chevaux: un métier en voie de disparition.
Pourtant, Thierry Frilet et son collègue Laurent gagnent bien leur vie avec leurs créations sur cuir depuis respectivement 23 et 10 ans. L’usure de leur tablier et le nombre de pieds moulés dans le plastique ornant l’atelier en témoignent: ils ont bâtit leur carrière sur nos orteils.
Avec les beaux jours estivaux, les clients veulent avoir les pieds à l’air et comme le client est roi, les bottiers s’exécutent. «L’été, c’est la plus grosse période de l’année pour nous. Ce qu’on fabrique le plus, ce sont des sandales», laisse savoir Thierry. Pendant que Laurent travaille le cuir, Thierry s’affaire à élaborer des modèles selon les goûts et les exigences des clients.
Mais qui a donc le réflexe d’aller dans cet atelier à l’architecture médiévale, dans le Vieux-Lyon, quand les centres commerciaux des artères commerciales abritent des magasins de chaussures par dizaines? Exit les préjugés. Selon Thierry, la fabrication de chaussures sur mesure rejoint une clientèle extrêmement large. «On a des étudiants, des dames âgés qui recherchent le confort mais aussi des gens qui ont de graves problèmes de pieds. Toutefois, nos clients les plus fidèles sont ceux qu’on appelle les bobos, les bourgeois bohèmes», lance Laurent en riant.
Seul talon d’Achille,une paire de chaussures chez Art-Peaux coûte beaucoup plus cher que celles des centres commerciaux, marques prestigieuses en moins. Pour un modèle fabriqué sur-mesure, il en coûte de 150 euros (environ 200$CAD) pour une femme, tandis que pour un homme le prix de base est de 200 euros (environ 270$CAD). La différence de prix s’explique tout simplement par le fait que les hommes ont généralement de plus grands pieds que les femmes.
Pour Thierry, le prix de ses chaussures se justifie par la qualité irréprochable des matériaux. La possibilité de créer son propre modèle et qu’il soit moulé spécialement pour notre pied valent également le coût selon lui. «Ici, nos modèles ne sont pas faits en Chine. C’est un travail d’artisan. Un travail de perfectionniste.»
Et contrairement à ce que certaines victimes de la mode pourraient croire, les modèles que fabrique Art-Peaux sont loin d’être en retard sur les tendances. Dans la boutique, les spartiates sont reines cet été, tant sur sur les trottoirs que sur les passerelles des défilés. «Beaucoup de gens nous commandent des chaussures pour avoir un modèle unique qu’ils ne trouveront pas ailleurs», ajoute Thierry.
Mais Thierry et Laurent ont de la compétition. Un autre Thierry, Frotin cette fois, fabrique aussi des chaussures sur mesure dans un autre commerce de la ville. Mais ses confrères n’ont pas l’air trop inquiet. «Il y avait une promotion à la maternité pour les bottiers!», se réjouit Laurent. Comme quoi, entre bottier lyonnais, on se serre les coudes plutôt que de se tirer dans le pied.























