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Le français se rendra-t-il en finale?

Publié le 17 January 2010 par Ipso-facto

Un reportage de Frédéric Lacroix-Couture

À moins d’un mois des Jeux Olympiques de Vancouver, la question de la dualité linguistique est loin d’être réglée. Le bilinguisme est le talon d’Achille de l’organisation depuis le début des préparations.

En février dernier, les organisateurs montent un spectacle officiel pour souligner la dernière année de préparation avant le début des Jeux. À quelques jours de la représentation, faute d’avoir invité des artistes francophones, le comité organisateur fait appel à un musicien au nom francophone : Luke Doucet. Il est invité à chanter une chanson en français. Petit bémol, son répertoire est entièrement en anglais. Il traduit donc, avec l’aide de son père, deux de ses chansons.

Alors que l’organisation promettait la présence de plusieurs artistes francophones, les spectateurs ont dû se contenter de la prestation d’un artiste qui n’avait rien de français, sauf son nom. Cet incident a démontré à lui seul le travail qu’il restait encore à faire, il y a un an, en matière de bilinguisme.

Le Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver de 2010 à Vancouver (COVAN) et ses différents partenaires ont signé, le 14 novembre 2002, une entente dans laquelle tous s’engageaient à respecter les exigences en matière de langues officielles. Cette accord indiquait qu’une série de mesures serait adoptée afin d’y répondre, mais sept ans plus tard, rien ne laisse présager que le comité organisateur réussira à atteindre ses objectifs.

Vancouver s'apprête à accueillir l'événement le plus important son histoire. La langue de Molière aura-t-elle la chance de se faire voir? Le commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, se dit inquiet face à la visibilité qu'on accordera au français.

Vancouver s'apprête à accueillir l'événement le plus important son histoire. La langue de Molière aura-t-elle la chance de se faire voir? Le commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, se dit inquiet face à la visibilité qu'on accordera au français.


«Bien que le travail ne soit pas encore terminé, l’essentiel de la planification du bilinguisme des Jeux est complété. Avec l’aide de nos partenaires francophones et gouvernementaux, nous sommes confiants que les Jeux mettront en valeur les communautés francophones et anglophones», défend le porte-parole du COVAN, Sébastien Théberge.

«Ils ont sous-estimé le travail à faire», juge pour sa part le Commissaire aux langues officielles, Graham Fraser. En décembre dernier, il a une fois de plus manifesté son inquiétude devant le comité permanent des langues officielles quant à la place qu’occupera le français. Même son de cloche du côté de Richard Nadeau, porte-parole au Bloc Québécois en matière de langues officielles : «Il reste beaucoup de travail à faire pour avoir un visage francophone. Ils devront mettre les bouchées double.»

Le dernier rapport du commissaire, déposé au début de septembre dernier, soulevait plusieurs grosses lacunes. Les inquiétudes touchaient tout particulièrement  l’affichage à l’extérieur des sites de compétitions et le déploiement de bénévoles bilingues.

Francophones recherchés

Sur un total de 25 000 bénévoles, un minimum de 3 500 personnes devrait avoir une connaissance de l’anglais et du français. «Nous sommes confiants d’avoir recruté un nombre suffisant de bénévoles bilingues provenant des quatre coins du pays. Afin de pouvoir offrir un niveau de service bilingue à la hauteur des attentes, nous tentons actuellement de leur offrir, dans la mesure du possible, des postes qui auront un contact avec le public, les athlètes et les médias», confirme le porte-parole du COVAN.  Plusieurs journées de recrutements ont eu lieu dans différentes villes canadiennes comme à Montréal, Ottawa et Halifax.

«Il faut s’assurer que les visiteurs francophones puissent avoir du service en français à Vancouver ou qu’il ait un système de relais, c’est-à-dire qu’un bénévole anglophone unilingue aille chercher un bénévole bilingue au lieu de répondre “Sorry, I don’t speak French”», affirme M. Fraser. Richard Nadeau, député bloquiste qui siège également sur le comité des langues officielles, se demande de son côté si les bénévoles francophones pourront eux-mêmes bénéficier de services en français.

Du côté de la traduction, le travail demeurait encore colossal à l’automne. Selon le rapport de M. Fraser, le COVAN avait traduit environ 3 millions de mots sur un total de plus de 7 millions. Une somme de 5,3 millions de dollars a été octroyée par le gouvernement fédéral au Bureau de la traduction, ce qui devrait aider à résoudre les enjeux reliés à cet aspect, d’après Graham Fraser.

L’affichage et la signalisation posaient elles-aussi quelques soucis, notamment à l’extérieur des sites des Jeux. Toutes les affiches appartenant au comité organisateur doivent être en anglais et en français. En revanche, l’affichage appartenant à la province et aux municipalités n’est pas dans l’obligation de répondre à cette exigence.

Le COVAN doit alors inciter les villes de Vancouver et de Whistler, de même que le gouvernement provincial, à traduire leurs panneaux de signalisations dans les deux langues. «Les municipalités ont leur responsabilité», soutient le vice-président de la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique (FFCB), Serge Corbeil, qui collabore étroitement avec l’organisation des Jeux olympiques.

L’Aéroport : la porte d’entrée des Jeux

Pour les visiteurs, l’expérience olympique commencera à l’aéroport de Vancouver et tout porte à croire que le séjour des touristes francophones commencera mal. Se faire servir en français ne sera pas évident selon le rapport du commissaire. En effet, l’aéroport de Vancouver n’a pas obtenu la note de passage en matière de langues officielles.

Selon les observations faites sur les services offerts au public, seulement 53% de l’affichage actuel se faisait dans les deux langues. À part celui de Montréal, les autres aéroports internationaux du pays font également piètre figure en ce qui a trait au bilinguisme.

Le premier contact qu'auront les visiteurs avec Vancouver c'est l'aéroport. Malheureusement, pour les touristes francophones le service en français n'y est pas toujours disponible.

Le premier contact qu'auront les visiteurs avec Vancouver c'est l'aéroport. Malheureusement, pour les touristes francophones le service en français n'y est pas toujours disponible.

Voir et écouter les compétitions en français

Le choix du consortium des télédiffuseurs CTV-RDS-TQS pour la diffusion des Jeux Olympiques au Canada avait également suscité des craintes de la part des minorités francophones du pays. RDS et TQS ne sont disponibles que par câble au Québec. Par le passé, c’était la chaîne Radio-Canada/CBC qui avait cette responsabilité de diffuser dans les deux langues l’essentiel des compétitions.

Le 8 janvier 2009, RDS est parvenu à une entente avec les entreprises de télédiffusion par satellite telles que Star Choice et Bell ExpressVu. Elles offriront le signal du Réseau des sports gratuitement à leurs abonnés francophones vivant à l’extérieur du Québec. Il est aussi possible qu’une programmation sur Internet soit offerte.

Améliorations constatées

Malgré les difficultés rencontrées, le COVAN a pris diverses initiatives afin de remédier à la situation. «Il y a eu des progrès», note M. Fraser. À la suite d’une recommandation du commissaire, les organisateurs ont mis sur pied en avril dernier un comité consultatif sur les langues officielles. Composé de six membres, dont l’ancien Premier ministre français Jean-Pierre Raffarin, le comité a pour mission de conseiller le COVAN concernant ses objectifs en matière de langues officielles et de mise en valeur de la culture francophone.

En août dernier, le comité organisateur et le Grand témoin de la francophonie, Pascal Couchepin, signaient une convention pour la promotion du français lors des Jeux. Initiative de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), Pascal Couchepin a comme fonction d’observer la place réservée à la langue de Molière lors des événements. Ce poste a été créé en 2004, pour les Jeux Olympiques d’Athènes. En 2008, aux Jeux de Pékin, le Grand témoin était le politicien français Jean-Pierre Raffarin.

Ces mesures seront-elles suffisantes pour représenter comme il se doit la dualité linguistique du Canada? La réponse ne sera connue qu’au début des compétitions. «Nous allons voir les résultats aux Jeux Olympiques. Je ne connais personne qui est contre l’importance de la dualité linguistique», soutient Graham Fraser. «Le vrai test sera durant les Jeux», affirme quant à lui Richard Nadeau, député bloquiste dans le comté de Gatineau.

Les inquiétudes sont encore bien présentes concernant le dossier du bilinguisme. Elles ne pourront qu'être dissipées lors du début de Jeux.

Les inquiétudes sont encore bien présentes concernant le dossier du bilinguisme. Elles ne pourront qu'être dissipées lors du début de Jeux.

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Une construction qui coûte cher

Publié le 19 June 2009 par Ipso-facto

Un reportage de Frédéric Lacroix-Couture

L’entrepreneur Millenium Development, en charge de la construction du village, demande à la municipalité une avance de fond de sept millions de dollars. Selon l’édition du 4 juin dernier du Globe and Mail, il désire également que son taux d’intérêt, présentement fixé à 9,5%, soit réduit. Mais avant d’aller de l’avant avec le prêt, la Ville veut s’assurer que l’entreprise soit solvable. Lesli Boldt, porte-parole à la Ville de Vancouver, a affirmé le mardi 9 juin dernier que les autorités étaient toujours en discussion avec Millenium afin de conclure une entente. « Les discussions se poursuivent et aucune décision n’a encore été prise concernant un arrangement financier », dit-t-elle.

La Ville doit remettre les clés au COVAN d’ici le 1er novembre. La construction du site doit prendre fin à l’automne. La Ville doit remettre les clés au COVAN d’ici le 1er novembre. La construction du site doit prendre fin à l’automne.

La Ville doit remettre les clés au COVAN d’ici le 1er novembre.

Dossier noir des Jeux olympiques de Vancouver, la construction du village des athlètes coûte de plus en plus cher aux contribuables vancouverois. Alors que le coût total de ce projet est maintenant évalué à 1 milliard de dollars, l’estimation précédente était plutôt de 875 millions. La Ville, avec son investissement actuel de 518 millions de dollars, pourrait bien devoir investir d’avantage pour éponger le dépassement de coûts. Le Comité d’organisation des jeux olympiques et paralympiques de Vancouver (COVAN) a, pour sa part, remis une somme de 30 millions de dollars pour aider à financer la construction.

 

 

Les problèmes ont commencé à s’abattre sur le village olympique en septembre 2008 lorsque l’important bailleur de fonds, le groupe américain Fortress Investment, s’est retiré de la construction. Les dépassements de coût, évalués jusqu’à ce jour à 125 millions de dollars, et la crainte de ne pas se faire rembourser ont poussé l’entreprise à se désister. Il devenait donc impossible pour le promoteur, Millenium Development, de continuer les travaux au-delà de février 2009. Comme plusieurs autres entreprises, Millenium a subi les secousses de la crise économique et se retrouve en difficulté financière. Le conseil municipal a donc décidé  d’intervenir et a consenti un prêt de 100 millions$  à l’entrepreneur afin qu’il puisse poursuivre les travaux de construction.

En janvier dernier, Vancouver avait besoin de 458 millions de dollars pour finir la construction du site destiné aux athlètes. Le conseil municipal a alors demandé  au gouvernement provincial d’adopter une loi lui permettant d’emprunter un montant illimité  sans aller en référendum. Après des débats houleux entre le gouvernement libéral et l’opposition néo-démocrate à l’assemblée législative, à Victoria, les députés de la Colombie-Britannique ont voté majoritairement en faveur de la nouvelle loi. Un mois plus tard soit en février, la Ville de Vancouver est devenu le bailleur de fonds et a pris en charge la supervision de  la construction du village olympique.

Un village « vert »

Malgré les difficultés financières que rencontre la construction, le projet ne demeure pas moins innovateur au point de vue environnemental. Situés sur un ancien site industriel contaminé du côté sud-est de la baie de False Creek, la majorité des édifices du village olympique recevront une certification OR du programme LEED (Leadership in Energy and Envrionmental Design). Ce système évalue la durabilité environnementale des bâtiments en Amérique du Nord. Seul le futur centre communautaire recevra une certification platine. Il deviendra d’ailleurs le bâtiment environnemental le mieux côté au Canada.

Preuve que les édifices du village olympique répondent aux critères de LEED, 50% des toits seront écologiques et seront propices à l’agriculture urbaine. Par ailleurs, l’eau de pluie sera utilisée pour approvisionner les bâtiments  afin de réduire la consommation d’eau potable de 40 à 50%. Les logements seront chauffés principalement par la récupération de la chaleur des égouts avec l’aide d’une pompe. Le même système sera utilisé pour l’eau chaude. Ce  mécanisme de chauffage deviendra le premier à être implanté en sol nord-américain. Les édifices seront également équipés de matériel de branchement pour la voiture électrique.

Après les jeux

Southeast False Creek pourra héberger environ 3 000 résidents dans 1 100 unités lors de la première phase de sa nouvelle vocation.

Southeast False Creek pourra héberger environ 3 000 résidents dans 1 100 unités lors de la première phase de sa nouvelle vocation.

Le village olympique se transformera en communauté durable à la suite des jeux. Appelé Southeast False Creek, ce nouveau quartier pourrait devenir le lieu d’habitation de 16 000 personnes, particulièrement des familles, d’ici 2020. La communauté comprendra au départ 1 100 unités, dont 250  unités de logements abordables et 100 autres de location. D’ici 10 ans, Southeast False Creek pourrait compter plus de 5 000 unités d’habitation. La pré-vente et la vente des futurs condominiums aideront d’ailleurs à payer une partie des coûts engendrés par la construction du village.  

Des espaces commerciaux, des services, une école primaire, un centre communautaire et des espaces verts font aussi partie des plans de cette future communauté verte.

logo_choq_fondblancÉcoutez l’entrevue de Frédéric Lacroix-Couture à Ipso Facto Radio, Émission du 18 juin 2009. Animatrice: Marie-Christine Beaudry

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