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Le Monsieur Bons Offices de la Politique Rwandaise

Publié le 30 July 2010 par Ipso-facto

Un reportage de Virginie Karagirwa

La ville de Kigali est en effervescence. Les journaux locaux publient avec attention chaque détail sur les candidats se présentant à l’élection présidentielle du 9 août 2010, alors que des voitures munies de mégaphones sillonnent la ville afin de rappeler aux citoyens d’aller voter. L’ambiance ne trompe pas, la campagne bat son plein au Rwanda. Dans ce tumulte, une institution peu commune se prépare elle aussi à suivre de près le déroulement des évènements.

Un des nombreux panneaux publicitaire encourageant les Rwandais à voter lors des élections présidentielles du 9 aout 2010.

Un des nombreux panneaux publicitaires encourageant les Rwandais à voter lors des élections présidentielles du 9 aout 2010.

Le Forum, plus communément appelé Forum des partis politiques, réunit les dix partis du pays. Pour le Forum, les élections sont un évènement capital car elles vont mettre à jour le travail de formation qu’effectue l’institution au sein des partis politiques. «C’est un moment important car le Forum bénéficiera d’un niveau de prestance élevé de la part des partis politiques», explique Anicet Kayigema, secrétaire exécutif du Forum.

Le Forum des Partis Politiques est une institution crée par l’État qui a pour but de promouvoir la discussion entre les différents partis politiques. Il a été mis en place après le Génocide des Tutsis du Rwanda en 1994. Pendant la période menant jusqu’à l’extermination de la minorité ethnique, les Tutsis, les principaux partis politiques ont encouragé la majorité Hutu à perpétrer le génocide en leur inculquant des idéologies de haine ethnique. C’est afin d’empêcher que des partis politiques puissent à nouveau mener le pays à la destruction que le Forum des partis politiques a été instauré de façon informelle en 1993, puis ouvert officiellement en 2003.

Aujourd’hui le Forum est une institution indépendante reconnue qui informe les partis politiques sur les mécanismes d’une démocratie et discute avec eux des différentes actions prises par le gouvernement. Seuls les partis politiques agréés par l’État peuvent être membre du Forum. Ces derniers mois le Forum s’est appliqué à les informer des règlements qu’ils doivent suivre pour présenter un candidat à la présidence. Mais le Forum tient à rester impartial. «Nous avons un rôle disons indirect. Nous donnons beaucoup d’informations niveau communication stratégique mais nous ne pouvons interférer dans les décisions des partis politiques», indique Kayigema.

Anicet Kayigema secrétaire exécutif du forum tient les réunions de l'assemblée et représente le forum

Anicet Kayigema, secrétaire exécutif du Forum, tient les réunions de l'assemblée et représente le forum

En tant que secrétaire exécutif, Kayigema gère les activités quotidiennes du Forum, planifie et organise les assemblées. Membre du Parti Libéral (PL), il a dû signer un agrément stipulant qu’il n’aurait aucun rôle de gestion ou de prise de responsabilité dans son parti. «Si je viens d’un parti, on peut penser que je suis partial. Ça me met donc plus à l’aise de mettre de la distance entre mon parti et moi et de même ça met plus à l’aise les autres».

Malgré les efforts pour assurer toute objectivité dans les actions du Forum, les institutions internationales jettent un regard méfiant sur celui-ci. Beaucoup le soupçonnent d’être un outil du gouvernement pour contrôler les autres partis politiques. Gaston Bilbao, directeur de la branche National Democratic Institute, un organisme non-gouvernemental américain qui travaille avec le forum sur le renforcement des partis politiques au Rwanda, éprouvait les mêmes inquiétudes. «Je suis arrivé avec un préjugé car j’avais écouté les soupçons des institutions internationales. Ça m’a pris 8 à 9 mois pour voir que le forum est un bon instrument démocratique créé par les Rwandais, car tous les partis sont représentés. »

Les organismes qui travaillent au Rwanda sont invités à visiter le forum. Cependant Bilbao estime que le Forum ne s’ouvre pas assez, ce qui expliquerait l’opinion parfois négative que les pays étrangers s’en font. «Mes recommandations pour le Forum seraient d’essayer d’ouvrir un peu plus l’institution, inviter les médias ou les partenaires internationaux à participer aux débats de l’Assemblée, parce que les gens ne comprennent pas ce que le forum fait», conclu-t-il.

D’après Anicet Kayigema et Christine Mukabunani, présidente du seul parti d’opposition, le Parti Social-Imberakuri, l’ambiance au sein de l’Assemblée générale du Forum repose surtout sur la discussion. Il arrive cependant que des écarts se produisent. Le plus récent concerne une dispute interne au PS-Imberakuri suite à laquelle Mukabunani à été désignée nouveau chef du parti.

Du haut de la butte de Kacyiru, le Forum donne vue sur les dix drapeaux des partis membres ainsi que la colline de Gisozi en face.

Du haut de la butte de Kacyiru, le Forum donne vue sur les dix drapeaux des partis membres ainsi que la colline de Gisozi en face.

L’une de ses premières décisions a été de renoncer à présenter un candidat pour le poste de Président de la République. D’autres n’ont par contre pas hésité: le président sortant Paul Kagame du FPR, les candidats Prosper Higiro du PL, Jean Damascène Ntawukuliryayo du PSD (Parti Social Démocrate) et Alvera Mukabaramba du PPC (Parti du Progrès et de la Concorde).

Maintenant que quatre partis sont entrés dans la campagne présidentielle, le secrétaire exécutif du forum Anicet Kayigema explique que l’institution s’informe du temps d’antenne à la télévision et dans les radios locales de chaque candidat. Il vient aussi de faire installer des sites web pour tous les partis afin d’optimiser leur communication avec les citoyens. Toutefois le forum n’en oublie pas son rôle majeur: s’assurer qu’aucun parti politique ne pourra user de son influence pour encourager des divisions ethniques au sein de la population. Il comprend un comité d’éthique chargé de s’assurer qu’aucun membre ou parti politique n’émet d’idéologie génocidaire. Pour cela, le comité évalue si les membres respectent le code de comportements établi et demande aux partis de remettre à l’ordre ses membres s’ils fautent.

Entre-temps le Forum des partis politiques va continuer à suivre avec attention l’avancée des différents partis et de leurs candidats à l’élection présidentielle. Le secrétaire exécutif ne s’inquiète pas du résultat des élections, que ce soit pour le président ou le parti qui sera à la tête du gouvernement en août prochain, tant que le partage du pouvoir est respecté. Le Forum quant à lui ne s’arrêtera pas là, après les élections présidentielles, il devra se préparer pour les élections sénatoriales de l’année prochaine. Pour Anicet Kayigema, le travail du Forum est loin d’être fini. «On vient de loin, on avance, mais le plus intéressant c’est que l’on ne régresse pas».

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Coup d’envoi de la Coupe du monde de football 2010

Publié le 11 June 2010 par Ipso-facto

La Coupe du monde de soccer 2010 débutait aujourd’hui à Johannesburg, en Afrique du Sud. C’est la toute première fois qu’un pays africain accueille un événement sportif d’une telle envergure. La compétition regroupe des équipes de 32 pays et battra son plein jusqu’au 11 juillet prochain.

Le premier affrontement de la Coupe, disputé entre le pays hôte et le Mexique aujourd’hui, s’est soldé par un match nul 1-1.

L’équipe d’Ipso Facto Radio s’est entretenu avec Éric Mottet, professeur de géopolitique au Département de géographie de l’Université du Québec à Montréal et directeur de l’Observatoire de géopolitique de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques. Il a dirigé la rédaction de l’ouvrage Géopolitique de la Coupe du monde de football 2010.

Entrevue : Daniel Blanchette Pelletier
À la recherche : Karl Rettino-Parazelli

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Les grains de Banfora

Publié le 18 October 2009 par Ipso-facto

Un reportage de Youssef Shoufan

Les grains sont présents à tous les coins de rue de Banfora, quatrième ville en importance du Burkina Faso. Simplement composés de quelques chaises et quelques amis qui se réunissent devant un kiosque ou une maison, on y discute souvent pendant plusieurs heures. On en profite alors pour déguster le thé, dont la préparation s’étale au gré des longues discussions.

La préparation du thé peut prendre jusqu'à une heure avec ses trois services. Souleiman est ici en train de transvider plusieurs fois le tout pour une meilleure infusion.

La préparation du thé peut prendre jusqu'à une heure avec ses trois services. Souleiman est ici en train de transvider plusieurs fois le tout pour une meilleure infusion.

Rues et ruelles sont remplies de citadins de toutes les générations et classes sociales qui fréquentent ces lieux d’échange. Traoré Ben Seydou (les Burkinabés se présentent en commençant par leur nom de famille), explique pourquoi il va à son grain: «C’est très relaxant et ça nous permet aussi d’échanger sur nos angoisses personnelles. Le fait d’être en groupe, il n’y a rien de tel. Le grain, c’est un lieu où on se retrouve pour parler de la vie, se donner de conseils et d’essayer de voir les perspectives quant à l’avenir.»

La plupart du temps, ce sont des hommes qui se réunissent dans les grains. Certaines personnes, des femmes et des personnes âgées surtout, voient d’un mauvais œil ces rassemblements, très nombreux dans cette ville du sud du pays. «Les jeunes qui viennent au grain savent que ce n’est pas un lieu où l’on se rencontre pour faire le bordel, témoigne Traoré. Non, tout sauf ça. C’est un facteur d’union en fait.  On vient aussi se tenir au courant des nouvelles de la ville.»

Pour Fofana Ali aussi, les mauvais préjugés qu’on pourrait avoir du grain n’ont pas lieu d’être. «Beaucoup de personnes pensent que c’est un lieu pour délinquants. Mais aujourd’hui ça change, notamment parce que plusieurs des grains sont aussi des associations qui ont créé plusieurs activités rémunératrices pour les jeunes de ces mêmes grains. Vous allez trouver des maquis [NDLR: des bars], qui ont été ouverts par ces associations justement. Les gens qui voient cette solidarité changent d’avis sur ces endroits si nombreux et fréquentés.»

Le G22 est un de ces lieux de rencontre. Il est tout simplement nommé ainsi parce qu’il  a été fondé par 22 membres, il y a une vingtaine d’années déjà. Aujourd’hui, ils sont une quarantaine, âgés de 13 à 40 ans. Konaté Yaya, agent de santé, y vient régulièrement. «L’élément central qui nous unit, c’est le sport et après c’est le thé, indique-t-il. Nous discutons généralement de football [NDLR: soccer] et des transferts de joueurs par exemple.» En plus d’en parler, la majorité des hommes qui fréquentent le grain jouent au soccer tous les jours, dans un terrain tout proche, nommé l’Enfer, en raison du niveau de jeu, particulièrement élevé. Normal alors que ses membres soient tous très musclés et plutôt doués. Certains font même partie d’une équipe qui compétitionne dans la ville.

Outre le sport, l’actualité est aussi au cœur des discussions. Konaté ajoute d’ailleurs que les sujets les plus intéressants sont «ceux qui suscitent le débat.» «À la fin, nous nous donnons des idées et des conseils. Des conseils sur la vie et le comportement, les plus âgés donnant des conseils aux plus jeunes. Le respect de l’aîné compte beaucoup et c’est ce qui fait même la force du groupe.»

Les nombreux grains de Banfora vont probablement continuer à pousser et les perceptions à leur égard à changer. Attention cependant car ces grains sont dangereux…. Si vous commencez à en fréquenter un, il vous sera alors impossible de passer à côté la prochaine fois sans vous y arrêter et y passer… quelques heures, un verre de thé à la main!

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Une fée électricité mal en point

Publié le 14 September 2009 par Ipso-facto

Un reportage de Mariama Touré

Situé en Afrique de l’Ouest, le Sénégal, ancienne colonie française longée par l’océan Atlantique, et ses 12 millions d’habitants connaissent de fréquentes coupures d’électricité depuis près d’une dizaine d’années. La population, dorénavant habituée, et n’ayant pas vraiment le choix, s’en accommode et vit presque comme si de rien n’était. Mais lorsque l’intensité des délestages augmente en période estivale, les langues se délient et tous critiquent le gouvernement et le fournisseur officiel d’énergie électrique : la Société nationale d’électricité du Sénégal (SENELEC).

Après avoir été pendant une année sous le contrôle du consortium Hydro-Québec, la SENELEC retombe totalement dans les mains du gouvernement Sénégalais en 2000. Depuis lors, on ne peut plus compter les coupures intempestives d’électricité sur le territoire.

Une situation invivable

Dakar, quartier de Yoff, un dimanche, 11h du matin.

L'économie du pays, basée essentiellement sur des petites entreprises, est mise à mal par des coupures de courant récurrentes.

L'économie du pays, basée essentiellement sur des petites entreprises, est mise à mal par des coupures de courant récurrentes.

Le courant vient d’être coupé. Heureusement beaucoup de familles se réveillent à peine et peuvent donc espérer le retour de l’électricité pour l’heure du déjeuner. À l’autre bout de la ville, les quartiers de Grand Médine, Ouakam et Mermoz, connaitront également des délestages au cours de la journée.

Les coupures d’aujourd’hui ne durent pas plus de 2h. C’est presque un miracle: certains quartiers manque souvent d’électricité pendant quatre, voire parfois même cinq ou six heures successives dans la journée.
C’est un phénomène qui implique bien plus de conséquences que le simple fait de ne pouvoir allumer des lumières ou un ventilateur. C’est l’économie de tout un pays, basée en grande partie sur les petites et moyennes entreprises, qui est en arrêt quasi permanent du fait de ces délestages intempestifs.

Dans la ville, lorsqu’on interroge un habitant sur les causes de ce problème de courant, il pointe du doigt le gouvernement. On parle aussi de détournements de fonds qui auraient dû être investis dans l’industrie énergétique.

Le directeur des communication de SENELEC, Cheikhou Cissé, a lui une toute autre explication. « La SENELEC a connu un énorme déficit structurel dans les années 2000. C’est ce déficit que nous devons combler et nous sommes en train de le faire. Seulement il ne faut pas s’attendre à des résultats immédiats. C’est forcément avec du temps que nous parviendrons à remédier totalement au problème. »

Au poste de directeur des communications depuis seulement deux mois, mais appartenant au groupe SENELEC depuis près de 32 ans, Cheikhou Cissé veut expliquer aux Sénégalais la nature même de la défaillance qu’il met sur un tout autre terrain que celui de la faillite financière. « Nous avons un retard en équipement de production. Il ne s’agit pas d’argent puisque 174 milliards de francs CFA [NDLR : environ 36 millions de dollars CAD] ont été injectés dans un programme de financement en équipement depuis 2003. D’ailleurs trois nouvelles centrales ont vu le jour depuis cette époque et une autre devrait être mise en fonction pour 2010. »

 Les coûteux groupes électrogènes, seule garantie d'avoir de l'électricité en tout temps, vrombissent en pleine ville.

Les coûteux groupes électrogènes, seule garantie d'avoir de l'électricité en tout temps, vrombissent en pleine ville.

Pourtant, de nombreux journaux de la place, comme L’Observateur, accusent et dénoncent des irrégularités qui auraient été relevées en 2005, puis en 2007 dans des rapports d’audits. Ils écrivent que, depuis l’échec de la privatisation, la SENELEC aurait « échoué » à couvrir ne serait-ce que la moitié du besoin de la population sénégalaise, surtout en zone rurale.

Les appareils sont vétustes et connaissent de nombreux problèmes, surtout en saison chaude. « Parfois, une centrale est momentanément à l’arrêt en attendant que l’on répare ou change certains transformateurs, confie M. Cissé. Aussi l’augmentation du prix du fioul n’aide pas. Mais tout ça est entrain d’être changé et on se dirige vers les énergies renouvelables pour ne plus rencontrer ce genre de difficultés. »

Pourtant, aucune de ces justifications ne semble rassurer les Sénégalais. Ils  ne voient en ces paroles que mensonges ou promesses qui ne seront pas tenues. Ceux qui en ont les moyens ont même opté pour LA solution du moment : le groupe électrogène.

« On a pas le choix d’en acheter et pourtant Dieu sait que ça coûte cher, se plaint Demba Diop, informaticien. Si je veux vivre, il me faut travailler et j’ai besoin d’électricité pour allumer mes ordinateurs, confie-t-il. Alors les promesses de la SENELEC c’est bien, mais jusqu’à présent nous n’avons pas vu de résultats. »

Il est vrai qu’en passant dans certains quartiers de la capitale, le ronronnement de ces petites machines à moteur retient l’attention. De nombreux foyers ont finalement opté pour ce moyen de survie.

« Il faut que le peuple comprenne aussi !, s’exclame M. Cissé. Les transformations ne vont pas se faire en un jour.  C’est comme demander à un jardinier de planter une graine aujourd’hui et réclamer un arbre dès le lendemain. C’est impossible, c’est seulement à la longue que des transformations vont se faire. D’ailleurs nous prévoyons un arrêt définitif des délestages pour l’année 2012 », affirme-t-il.

Une population dans le flou

Tailleur de métier, Bamba Samb doit prendre son mal en patience lors des coupures de courant qui peuvent durer jusqu'à six heures consécutives par jour.

Tailleur de métier, Bamba Samb doit prendre son mal en patience lors des coupures de courant qui peuvent durer jusqu'à six heures consécutives par jour.

Toujours est il que le citoyen, lui, reste dans le noir. Il ne comprend pas plus ce qu’est exactement un délestage que la raison pour laquelle son quartier en est tout le temps victime, tandis que d’autres ne le sont presque jamais.
Mais M Cissé tente tout de même une explication. « Un délestage est une coupure volontaire de l’électricité. Elle est même programmée. Quand parfois nous atteignons un pic dans la demande et que nous craignons un incident, nous décrochons alors certains départs [NDLR : un départ concerne plusieurs quartiers sur une distance de  6,7 km]. Il faut aussi savoir qu’il y a des endroits que nous ne pouvons jamais délester du fait de la présence d’un hôpital dans le secteur par exemple. Parfois, nous décrochons aussi pour pouvoir effectuer l’entretien des machines. »

Il souligne également que de simples incidents passent parfois pour des coupures volontaires aux yeux des habitants. Il arrive que des câbles se débranchent et « nous travaillons alors intensément à les remettre en marche ».

Selon la SENELEC, il faudra encore trois années avant de pallier aux coupures. Mais en attendant, le tailleur du quartier, qui nourrit sa famille à l’aide de son unique machine à coudre, ne saura que faire de ses journées lorsqu’on le privera d’électricité pendant des heures.

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Ordures cherchent décharge

Publié le 12 August 2009 par Ipso-facto

Un reportage de Maxime Coursol

Le Burkina Faso est l’un des pays les plus pauvres du monde. Classé 187e sur 193 par l’ONU, c’est un exemple typique du pays en développement, où tout reste à faire.

Des déchets en plein ville.

Des déchets en plein ville.

À Banfora, une ville du sud-ouest du pays, la gestion des déchets est l’un des problèmes majeurs. Bien que sa population ait été estimée à 80 000 habitants en 2006 et qu’elle conti­nue d’augmenter, elle ne dispose toujours pas de services d’assainissement adéquats.

Il y a dix ans, à Banfora, la gestion des ordures ménagères était catastrophique. La municipalité, chargée d’offrir ce service, manquait cruellement de moyens financiers et faisait face à une forte hausse de sa population. Incapable de fournir à la demande, elle a dû se résoudre à ouvrir la porte au privé. Depuis 2001, quatre coopératives oeuvrant dans la collecte des ordures ont vu le jour et se sont bâties une clientèle.

Ces chèvres se nourrissent de détritus avant de nourrir les habitants de la ville.

Ces chèvres se nourrissent de détritus avant de nourrir les habitants de la ville.

Mais la privatisation du ramassage des déchets n’a pas réglé tous les problèmes. Plusieurs habitants n’ont pas les moyens de payer leur cotisation mensuelle aux entreprises de collecte, ce qui les oblige à se débarrasser de leurs ordures autrement. Beaucoup de déchets sont donc jetés dans la rue, où ils s’accumulent jusqu’à ce que quelqu’un décide de les brûler. Les impacts d’un tel comportement sont énormes, tant au plan environnemental qu’hygiénique. Plusieurs Banforalais possèdent en effet des moutons ou des chèvres. Ceux-ci vont souvent brouter dans les ordures avant de se retrouver tôt ou tard dans l’assiette des humains.

Issa Yao, responsable du dossier au Centre régional pour l’eau potable et l’assainissement (CREPA), est celui qui a conseillé à l’administration municipale de Banfora de faire appel au pri­vé. Il est très déçu du résultat présent. « La mairie n’a pas joué son rôle, déclare-t-il. À la base, le but était de laisser au privé le soin de ramasser les ordures, afin de concentrer leurs efforts sur la répression des mauvais comportements et la création d’un site d’enfouissement. Mais force est de constater que depuis la privatisation, la Ville s’est désintéressée du projet. »

Lydie Somé, présidente de Natura, une des quatre coopératives œuvrant dans la collecte des or­dures à Banfora, abonde dans le même sens: « Le vrai problème, c’est que la mairie n’a pas d’orientation. L’assainissement n’est pas la priorité de nos dirigeants municipaux, si bien que tout le monde fait un peu ce qui lui plaît. »

Pourtant, au départ, tout semblait bien aller. Plusieurs textes ont été adoptés relativement au découpage de la ville en quatre zones, pour éviter les conflits entre entreprises de collecte, et à l’attribution de terrains pour y entreposer les ordures ramassées. Un protocole a même été élabo­ré entre la mairie et les coopératives, pour serrer la vis aux habitants qui jettent leurs déchets n’importe où et pour rendre obligatoire l’abonnement aux entreprises de collecte. Mais il n’a jamais été voté au Conseil municipal.

Le manque de matériel et d'effectif rend le travail de ramassage des ordures peu efficace.

Interrogé à ce sujet, le maire de la ville de Banfora a refusé d’accorder une entrevue à Ipso Facto. Quant à Mme Somé, la présidente de Natura, elle affirme que « les dirigeants municipaux n’ont jamais vraiment eu la volonté d’appliquer ce protocole. Leur priorité est de s’enrichir, et entretenir une police chargée de veiller à ce que les déchets ne se retrouvent pas dans la rue est coûteux. » Une Brigade verte existe tout de même à Banfora, mais ses effectifs sont peu nom­breux.

Un autre problème très important dans le dossier de la gestion des déchets à Banfora est qu’il n’y a pas de site d’enfouissement. La mairie n’a jamais investi pour créer un dépotoir digne de ce nom, ni une usine de traitement des ordures. En attendant, les entreprises de collecte se conten­tent d’accumuler les détritus recueillis sur des terrains municipaux non attribués, fort éloignés du centre-ville. Tous s’entendent pour dire qu’il s’agit d’une solution provisoire, à défaut de mieux, et qu’il importe que la Ville y consacre un peu plus d’attention.

« Les moyens manquent cruellement, et même si nous reconnaissons que la gestion des ordures ménagères est un problème important de notre commune, il reste qu’un site d’enfouissement est très dispendieux », rétorque Issakar Fayama, le responsable de la voirie à la mairie de Banfora, également en charge du dossier. Afin de prouver son point, il sort un document élaboré par un consultant indépendant en 1994: la seule réhabilitation des routes de la ville était alors estimée à dix milliards de francs CFA (environ 25 millions de dollars canadiens). Difficile de récolter une telle somme en taxant les citoyens: un Burkinabé gagne en moyenne 42 000 francs CFA (environ 105$ canadiens) par année et, depuis quinze ans, le coût de la vie a explosé au Burkina Faso.

Néanmoins, les gens restent confiants face à l’avenir. Lydie Somé est la première à croire à une amélioration. « Pour l’instant, la situation est difficile, mais tôt ou tard, les citoyens compren­dront. Mon association, comme les autres en ville, œuvre beaucoup pour sensibiliser le public à la nécessité de ramasser les ordures, et si nous finissons par avoir la majorité des Banforalais de notre côté, nous pourrons faire pression sur la mairie pour la forcer à agir. »

Issa Yao, responsable du dossier au Centre régional pour l’eau potable et l’assainissement (CREPA).

Issa Yao, responsable du dossier au Centre régional pour l’eau potable et l’assainissement (CREPA).

Issa Yao, de la CREPA, est également positif. « Le projet est toujours sur la table. Si la mairie retrouve son intérêt pour l’assainissement,  peut-être pourrons-nous trouver une entreprise privée pour s’occuper de la création d’une usine de traitement et d’un site d’enfouissement. En Afrique, il ne faut jamais dire jamais ».

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