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Trouver chaussure à son pied à Lyon.

Publié le 06 August 2010 par Ipso-facto

Un reportage de Catherine Genest

Le temps semble s’être arrêté sur la rue des Trois Maries, un recoin méconnu du Vieux Lyon. Ici se cache l’atelier Art-Peaux, un des rares regroupements de bottiers qui réussit à tenir tête au diktat de l’industrie de la chaussure bon marché. Et pour cause, le bottier est à la chaussure ce que le forgeron est aux fers à chevaux: un métier en voie de disparition.

Laurent, dans son atelier orné de pieds moulés dans le plastique.

Laurent, dans son atelier orné de pieds moulés dans le plastique.

Pourtant, Thierry Frilet et son collègue Laurent gagnent bien leur vie avec leurs créations sur cuir depuis respectivement 23 et 10 ans. L’usure de leur tablier et le nombre de pieds moulés dans le plastique ornant l’atelier en témoignent: ils ont bâtit leur carrière sur nos orteils.

Avec les beaux jours estivaux, les clients veulent avoir les pieds à l’air et comme le client est roi, les bottiers s’exécutent. «L’été, c’est la plus grosse période de l’année pour nous. Ce qu’on fabrique le plus, ce sont des sandales», laisse savoir Thierry. Pendant que Laurent travaille le cuir, Thierry s’affaire à élaborer des modèles selon les goûts et les exigences des clients.

Mais qui a donc le réflexe d’aller dans cet atelier à l’architecture médiévale, dans le Vieux-Lyon, quand les centres commerciaux des artères commerciales abritent des  magasins de chaussures par dizaines? Exit les préjugés. Selon Thierry, la fabrication de chaussures sur mesure rejoint une clientèle extrêmement large. «On a des étudiants, des dames âgés qui recherchent le confort mais aussi des gens qui ont de graves problèmes de pieds. Toutefois, nos clients les plus fidèles sont ceux qu’on appelle les bobos, les bourgeois bohèmes», lance Laurent en riant.

Seul talon d’Achille,une paire de chaussures chez Art-Peaux coûte beaucoup plus cher que celles des centres commerciaux, marques prestigieuses en moins. Pour un modèle fabriqué sur-mesure, il en coûte de 150 euros (environ 200$CAD) pour une femme, tandis que pour un homme le prix de base est de 200 euros (environ 270$CAD). La différence de prix s’explique tout simplement par le fait que les hommes ont généralement de plus grands pieds que les femmes.

Hervé travaille aussi chez Art-Peau. Il peaufine les modèles de la boutique.

Hervé travaille aussi chez Art-Peau. Il peaufine les modèles de la boutique.

Pour Thierry, le prix de ses chaussures se justifie par la qualité irréprochable des matériaux. La possibilité de créer son propre modèle et qu’il soit moulé spécialement pour notre pied valent également le coût selon lui. «Ici, nos modèles ne sont pas faits en Chine. C’est un travail d’artisan. Un travail de perfectionniste.»

Et contrairement à ce que certaines victimes de la mode pourraient croire, les modèles que fabrique Art-Peaux sont loin d’être en retard sur les tendances. Dans la boutique, les spartiates sont reines cet été, tant sur sur les trottoirs que sur les passerelles des défilés. «Beaucoup de gens nous commandent des chaussures pour avoir un modèle unique qu’ils ne trouveront pas ailleurs», ajoute Thierry.

Mais Thierry et Laurent ont de la compétition. Un autre Thierry, Frotin cette fois, fabrique aussi des chaussures sur mesure dans un autre commerce de la ville. Mais ses confrères n’ont pas l’air trop inquiet. «Il y avait une promotion à la maternité pour les bottiers!», se réjouit Laurent. Comme quoi, entre bottier lyonnais, on se serre les coudes plutôt que de se tirer dans le pied.

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Mystère empoisonné à Versailles

Publié le 17 July 2010 par Ipso-facto

Un reportage de Véronique Voyer

Versailles a beaucoup plus à offrir que son château et ses jardins. À la mi-juin, une chasse au trésor permet à plus de 2000 curieux d’élucider l’Affaire des Poisons tout en découvrant la face cachée de la ville. Ce vieux scandale plonge les enquêteurs en herbe dans les richesses culturelles et historiques de la cité royale le temps d’un après-midi .

En 1676, la belle-sœur du roi meurt empoisonnée. Ce décès place en disgrâce Mme De la Montespan, une maîtresse du roi qui fricote avec la communauté des «devineresses», ce monde interlope d’avorteuses et de magiciens qui maîtrisent l’art des filtres d’amour comme des poisons.

Quelques-uns des 2000 participants de la chasse aux trésors.

Quelques-uns des 2000 participants de la chasse aux trésors.

C’est sur ce scénario que débute la chasse au trésor. Cette année, l’adjointe du maire Marie Boëlle est en charge de l’organisation de la 2e édition de l’événement estival, et la barre est déjà haute. «L’été dernier, les enquêteurs devaient découvrir qui a volé le collier de la reine. Ça été très populaire! Nous voulons attirer les touristes à l’extérieur du château pour leur permettre de découvrir les curiosités de la ville à travers son histoire.»

Le château, le Trianon et les jardins sont reconnus pour leurs fastes dorés et l’immensité du territoire qu’ils recouvrent. Difficile pour un touriste de parcourir la ville en plus de la demeure royale dans une même journée. «Si certains touristes imaginent qu’il n’y a que le château à voir ici, il passe à côté d’une ville charmante qui se nomme Versailles», souligne l’adjointe, aussi chargée du commerce et du tourisme. Ainsi, le terrain de jeu où les indices sont éparpillés comprend uniquement la ville. Pour faciliter leur recherche, les participants reçoivent un guide des curiosités de Versailles.

Divisés en 200 équipes de dix, les participants sont fébriles près du parvis de l’église où débute l’activité. Une fois le coup de départ donné, un jeune père dirige la poussette familiale vers le potager du roi, tout en portant sa fillette de trois ans sur ses épaules. «On va commencer par la fin, il n’y aura pas d’embouteillage», explique-t-il en se dirigeant vers le grand jardin, à quelques pas de l’église. Quelques équipes font de même. Les participants doivent identifier les plantes vénéneuses. Des enfants courent au travers des longues plate-bandes de plantes médicinales, de tomates, d’arbres et de fleurs. Après trente minutes de promenade, le papa, toujours motivé, rassemble l’équipe en bas âge et se dirige vers la boutique à l’entrée, des Sherlocks Holmes et des Hercules Poirot plein les bras..

Finalement, la réponse à la question se trouvait entre les pages d’un des dictionnaires arboricoles de la boutique. Un chef d’équipe note rapidement «anémone» tandis qu’un petit garçon épelle très fort «rhododendron». La promenade dans le potager était donc inutile pour le concours, mais le but est aussi de découvrir les charmes de cette ville-jardin.

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Comme le remarque un participant, c'est sur la rue du Jeu de Paume que fut signé le traité d'alliance entre la France et les États-Unis au XVIIIe siècle.

À l’époque où le roi avait sa cour, les  secrets faisait partie intégrante de la politique française. Cette richesse historique est exploitée tout au long du parcours. Ainsi, au détour d’un petit passage, un participant pointe le nom de la rue du Jeu de Paume. «C’est ici qu’ils ont signé le traité d’indépendance américaine avec Jeffersen», explique-t-il.

Cette année, c’est dans le quartier Saint-Louis, le plus vieux de Versailles, que se situaient la plupart des indices. Les habitants s’impliquent autant que les participants dans le grand jeu, comme ce vieux vendeur d’électroménagers qui a invité une équipe dans sa boutique le temps de téléphoner à son père, pour vérifier l’exactitude d’une réponse. Un peu plus loin,  un sculpteur affairé sur du marbre a lâché sa besogne pour indiquer où se situe le bureau d’architectes le plus proche.

Si les indices historiques sont d’une importance capitale, des épreuves sont également prévus. Pour l’une d’entre elles, particulièrement populaire, chaque équipe désigne un volontaire. Ce dernier doit discerner les poisons des potions aromatisées, les yeux bandés bien sûr.

Tout près de ce stand où se presse de nombreux curieux, le Comptoir de Magellan offre des bonbons artisanaux formés de cristaux de sucre et d’herbe. «Nous sommes la seule épicerie bio de Versailles», déclare fièrement Aurélie, la fille de Nina à la tête de cette entreprise familiale spécialisée en foie gras.

En fin d’après-midi, les participants éreintés se pressent pour rapporter toutes les bonnes réponses à la mairie avant 17h. C’est l’heure limite pour être éligible au tirage des 20 prix. «Les commerçants sont très généreux, souligne Mme Boëlle, ils offrent des repas, des bouteilles de vin d’ici, des paniers gourmets et même une nuit au Trianon Palace.»

Grâce à internet, la popularité du jeu s’est répandue rapidement en deux ans. Des participants viennent des quatre coins du pays, et certains même de Russie, de Belgique et de Pologne.  Si la célébrité de cette cité royale n’est plus à faire aux quatre coins du globe, les secrets des Rois de France ont encore et toujours de quoi surprendre.

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Quand sortir à Paris? Les lundis!

Publié le 08 July 2010 par Ipso-facto

Un reportage de Véronique Voyer

Chaque lundi, une vieille cave au coeur de Paris accueille la relève artistique et des noctambules pas comme les autres. Après les grosses soirées de fin de semaine, l’association Beaucoup de bruit pour rien rassemble passionnées de culture et amateurs de grosses cernes pour le retour au travail. Attention, c’est sur réservation!

La folie des nuits parisiennes mérite sa réputation. Le lundi soir, les plus courageux prolongent la fin de semaine. Vers vingt heures, près de la Place de la République, des invités se font la bise tout en buvant l’apéro. Le concept est simple, chacun apporte une bouteille de vin et paie cinq euros pour le repas. Au menu, on retrouve quatre services, dont les fromages et le dessert. C’est le président de Beaucoup de bruit pour rien, Aurélien Cruse, qui mitonne le tout.

Le président de l'association Beaucoup de bruit pour rien, Aurélien Cruz, aux fourneaux.

Le président de l'association Beaucoup de bruit pour rien, Aurélien Cruse, aux fourneaux.

Étudiant en médiation culturelle, il déplore le manque de projets communs dans notre société. En 2008, il lance le concept des dîners dans un cadre informel avec des amis de fac. Puis, après un voyage scolaire à Budapest, le noyau des adeptes s’élargit et l’appartement d’Aurélien commence à être petit pour l’envergure de la soirée. «C’était serré avec 30 à 40 personnes par dîner», explique-t-il. Petite précision: l’heure du diner en France est celle d’un souper au Québec.

Depuis, le concept est de plus en plus populaire. «Le fait que la fac soit finie est un plus. C’est une opportunité de développer un réseau», souligne le président. Des tables sont installées le lundi dans les caves de son appartement, avec l’accord des voisins qui prêtent gratuitement le lieu pittoresque. Les vieilles pierres et l’escalier en tire bouchon donnent du cachet à l’endroit.

Créée pour mieux gérer les soirées, Beaucoup de bruit pour rien est née il y a trois mois. Le nom, inspiré par le titre d’une pièce de Shakespeare, rassemble une quinzaine de personnes qui organise le tout. En découle la soirée impro-dessins le jeudi à l’Abracadabar et la collaboration à des festivals ou autres événements culturels. «On se définit comme une plateforme culturel, on touche à toutes les disciplines: graffiti, impro-dessin, théâtre, cinéma, etc. On essaie de mettre des gens en lien et ça marche», souligne la vice-présidente, Hélène Chevallier. Un court métrage tourné récemment par des personnes qui se sont rencontrées lors des soirées est un exemple concret de ce type de réalisations. «Ce qui me rend vraiment fier, c’est de voir naître des projets conçus par des gens qui ont étudié la même chose dans la même école, mais qui ne s’étaient pas rencontrés avant les dîners du lundi», explique Aurélien.

Une vieille cave sous la ville lumière, un repas aux chandelles et des animations culturelles. Le concept est aussi simple qu'efficace.

Une vieille cave sous la ville lumière, un repas aux chandelles et des animations culturelles. Le concept est aussi simple qu'efficace.

Un concert ou une expo-photo rythme le quotidien de la soirée hebdomadaire. On assiste aux prestations de Charlie Dahl et le royal big band, Rue de Prague ou Lhurgoyf. L’émergence musicale est à l’honneur. «Ce sont des coups de cœur dans des styles de musique complètement différents et, jusqu’à maintenant, le public n’a jamais été déçu», souligne Hélène.

Mais pourquoi les lundis? Et pourquoi une cave? «Parce qu’il ne se passe rien nulle part. Puis tous les grands commencent dans les caves, répond Aurélien en souriant, visez la lune et vous finirez par tomber dans les étoiles!» Hélène, à ses côtés, reste plus pragmatique: «L’aspect bougies et vieilles caves plaît beaucoup, c’est un lieu de rencontre intéressant.»

Snob les Parisiens?

L’ouverture d’esprit est gage de réussite. Si les Parisiens ont la réputation d’être snobs et pressés, les nouveaux sont accueillis chaleureusement lors de ces soirées de début de semaine. «Les habitués invitent leurs amis, d’autres découvrent l’asso via Facebook, explique Hélène Chevallier, on accueille parfois des voyageurs du Brésil, d’Angleterre, du Canada et du Cameroun. C’est une occasion pour les étrangers de rencontrer de “vrais Parisiens” puis de discuter de culture dans un aspect convivial.» Le président acquiesce, une coupe de vin à la main. «L’aspect convivial des soirées facilite les rencontres et, du coup, l’ouverture des gens vers divers projets se fait naturellement», conclut le jeune homme aussi appelé «archimanitou» par les habitués du lundi. Si certains s’échappent vers minuit pour sauter dans le dernier métro, l’animation est assurée jusqu’en matinée pour les plus courageux de ces oiseaux de nuit.

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Vous avez dit “cafécouture” ?

Publié le 02 July 2010 par Ipso-facto

Martena Duss et Sissi Holleis

Martena Duss et Sissi Holleis sont les deux créatrices du Café couture de Paris.

Coudre tout en buvant son café, c’est tout-à-fait banal. Mais coudre en groupe, dans un café de Paris réservé à des couturières en herbe ou plus expérimentées, c’est un peu plus inusité.

Daniel Blanchette Pelletier s’est rendu à Paris avec quelques euros en poche, où il a pu s’entretenir avec l’une des responsables du café-couture, Sissi Holleis.

Un reportage de Daniel Blanchette Pelletier

Vous avez envie de tenter l’expérience ? Rendez-vous à Paris, au 13 rue Lucien Sampaix. Métro Jacques Bon-Sergent. Six euros en poche suffiront pour louer une machine pendant une heure !

http://www.sweatshopparis.com/

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Fête de la musique, le retour aux sources

Publié le 29 June 2010 par Ipso-facto

Un reportage de Catherine Genest

Chaque année, les Français de toutes villes et régions confondues célèbrent le solstice d’été en musique. Pour la deuxième année consécutive, Montréal a copié la Fête de la musique française pour ce 21 juin. Et pour cause; l’événement fait courir les foules dans tout l’Hexagone depuis déjà 29 ans!

La fête de la musique est aux français ce que la Saint-Jean-Baptiste est aux Québécois : une rare occasion de se rassembler dans les rues et de fraterniser avec ses voisins. Même si on habite dans une grande ville comme celle de Lyon.

Il n’est pas encore 20h. Le quartier Bellecour est déjà pris d’assaut par des mélomanes avertis, mais surtout par des gens qui ont la ferme intention de s’amuser.

À Lyon comme dans le reste de l'Hexagone, les artistes de tout acabit étaient conviés à se produire à même la rue.

À Lyon, comme dans le reste de l'Hexagone, les artistes de tout acabit étaient conviés à se produire à même la rue.

Et pas question de rester scotché au même endroit pendant plus de 10 minutes. Dans les rues de Lyon, la plupart des passants se promènent d’une place à l’autre, sans itinéraire précis. Et avec plus de 100 lieux de spectacle différents - un record -  répartis un peu partout dans la ville, la musique est à chaque coin de rue. On passe du hard rock aux airs traditionnels des îles du Pacifique avec un naturel surprenant. Les barrières tombent le soir de la fête de la musique et les gens s’ouvrent aux différents styles.

Le tout se passe dans une ambiance bon enfant. Rien à voir avec la soirée de la Saint-Jean-Baptiste au parc Montmorency dans le Vieux-Québec. Ici, rares sont ceux qui boivent dans les rues. Les saoulons ne font pas partie du spectacle.

Stéphane travaille pour la gendarmerie de Lyon. Ce soir, il est affecté dans le métro. «Je travaille les soirs de la fête de la musique depuis maintenant deux ans. Il n’y a jamais eu d’incidents majeurs. Mais bon, on est quand même prêts à toute éventualité», fait-il savoir, avant de se précipiter près des voitures, ordre d’un supérieur qui lui interdit d’être photographié en service.

Si les policiers sont souvent perçus comme des rabats-joies lors des évènements publics, leur présence en très grand nombre à Lyon est loin de déranger. Pour de nombreux Lyonnais, le charme de cette soirée vient aussi du fait qu’elle est particulièrement sécuritaire.

Myriam est l’une de ceux-là. Croisée dans la rues vers 21h, elle marchait avec son conjoint et une petite fille fatiguée sur les épaules de ce dernier. «C’est une belle occasion de se rassembler et l’ambiance est super. Même avec le bébé, je me sens en sécurité», laisse-t-elle savoir d’une voix douce.

La fête de la musique, c’est aussi une occasion rêvée pour les artistes émergents de se faire connaître du grand public. À Lyon, exit les grands noms. Le 21 juin, on fête la musique pour ce qu’elle est et non pas pour les noms en tête d’affiche. C’est la fête des amateurs, comme les journaux de là-bas l’écrivent.

L’initiative est saluée par bien des Lyonnais friands de découvertes musicales, comme Maud et ses copains. «Moi, ce que j’aime c’est d’entendre jouer des groupes pas connus pour la première fois», dit-elle avec l’excitation que seule une fan de rock indé peut avoir.

De leurs côté, Tom et Thomas avouent que c’est une occasion en or pour sortir et rencontrer des gens sympathiques. Mais, bien évidemment, la raison principale de leur excursion reste la musique. Avec un tel public, que peuvent demander de plus les artistes de la relève? Vivement que les artistes montréalais puissent en profiter avec autant d’ampleur aussi!

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La fièvre du foot

Publié le 25 June 2010 par Ipso-facto

Un reportage de Catherine Genest

Imaginez-vous l’engouement pour les finales de division de la coupe Stanley multiplié par dix. La coupe du monde, c’est le sujet qui est sur toutes les lèvres à Lyon, dans le sud est de la France. Et ce, même si l’équipe nationale est devenue la risée du monde entier et la honte du pays.

Qu’on ouvre la télé, ou qu’on soit assis dans un café, le sujet revient toutes les cinq minutes au moins. Rien à voir avec la couverture qu’en fait Radio-Canada cette année, même si de grands efforts sont déployés pour promouvoir la coupe du monde de soccer au Québec. La différence, c’est que les médias de France en font vraiment tout un plat. Pour preuve : Nicolas Anelka a fait la une du téléjournal pendant deux jours consécutifs parce qu’il avait traité son coach de fils de pute. Un événement que les journalistes français on qualifié de crise nationale, parce que le dit-joueur a aussi été renvoyé de l’équipe de France. Rien de moins.

Des ballons en chocolats dans la vitrine du Royaume du Chocolat à Lyon.

Des ballons en chocolats dans la vitrine du Royaume du Chocolat à Lyon.

Au Royaume du Chocolat, un petit commerce local qui a pignon sur rue dans le Centre-Ville de Lyon, la pâtissière Amélie Clerc profite de la popularité de la coupe du monde pour vendre des ballons de football en chocolat. Et ce, même si les Français se sont inclinés 2 à 0 contre le Mexique et qu’ils n’iront pas en huitième de finale.

Mais la petite pâtissière ne croit pas que le manque d’estime qu’ont les Français pour leur équipe ait une incidence sur les ventes. «Les gens qui achètent nos ballons en chocolat ne sont pas tous des fans de foot. Beaucoup de gens les achètent juste parce qu’ils les trouvent beaux.» Sa clientèle préfère le ballon au chocolat noir plutôt que le véritable ballon d’or, même si ce n’est pas donné. Il en coûte entre 23 et 49 euros (de 29 à 61 dollars canadiens) pour un ballon d’environ 5 cm.

Et la petite chocolatière toute timide n’est pas la seule à avoir flairé la bonne affaire. Les compagnies nationales se garrochent pour se proclamer supporteurs officiels de la Fédération internationale de football (FIFA). Pour preuve, la chanson Something Good Can Work des Two Door Cinema Club est presque devenu l’hymne officiel de l’équipe de France, à cause d’une pub du Crédit Agricole diffusée sans arrêt.

Mais, depuis leurs cuisantes défaites, les Français qui soutiennent les Bleus se font de plus en plus rares et désertent pour d’autres camps. Ismaël Rotival, de descendance africaine, avoue avoir un faible pour l’équipe de la Côte d’Ivoire, même s’il habite le quartier de Balmont Est de Lyon depuis toujours.

14 juin, vers 16h. L’équipe fétiche de Ismaël rencontre celle du Portugal. Pour ne rien manquer, il monte au pas de course les escaliers du bloc d’appartement où il loge. «J’ai pris un break au boulot pour pouvoir aller voir le score. Ah mince! Où sont mes clés?»

Une bonne dizaine de minutes plus tard, et une fois la panique passée, Ismaël retrouve enfin son trousseau. Ouf! C’est toujours zéro à zéro. Une chance que grand-maman est là pour s’occuper de son fils Sami. Parce que papa Ismaël n’a pas le temps de s’occuper de son petit garçon de trois ans quand son équipe préférée dispute un match en coupe du monde. Le foot passe avant tout.

Sauf que la fièvre du ballon rond est loin d’avoir contaminé Célia Burtin, la voisine d’Ismaël qui habite le studio d’à côté. Le football, c’est un peu comme le hockey au Québec: c’est plus un truc de mec. Les rares fois que Célia écoute le foot, c’est pour faire plaisir à son amoureux. Elle aime bien écouter un match sans son copain une fois de temps en temps, mais le foot d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec la coupe du monde de 1998.

«J’adorais le foot à l’époque et pourtant j’avais seulement 11 ans, ajoute-t-elle. Faut dire qu’on avait l’équipe aussi. On avait même gagné la coupe du monde cette année-là et j’avais pas manqué un seul match.» Mais comme l’équipe de France l’a déçue ces dernières années, Célia ne les suit plus vraiment. Son copain Khalid, en revanche, ne manque pas une seule occasion d’en parler avec ses copains. «Des fois, j’ai l’impression que Khalid connait personnellement chacun des joueurs, il en parle comme s’ils étaient ses amis. Et il ne manque pas un match non plus.»

Rosy Bonaventure est la propriétaire du Café comptoir de l'Hexagone.

Rosy Bonaventure est la propriétaire du Café comptoir de l'Hexagone.

Contrairement aux Québécois, les partisans français n’ont pas vraiment le réflexe de se réunir dans les brasseries pour écouter le foot en groupe. Et ça, Rosy Bonaventure l’a appris à ses dépends. A 15h30, un seul client était assis dans la salle pour écouter un match qui opposait l’Argentine et Corée du Sud. Propriétaire du Café Comptoir de l’Hexagone dans le 6e arrondissement de Lyon, la dame comptait sur le match qui opposait la France au Mexique ce soir-là. «La France joue contre le Mexique ce soir et j’espère qu’il y aura plus de monde que d’habitude.» Compte-tenu de la pluie, les gens sont plutôt restés chez eux. Dommage pour Rosy.

Mais l’engouement du public est tout de même là. Les Français se regroupent par dizaines à la maison pour suivre les artistes du ballon rond, avec une attention que seuls les fans du Canadiens de Montréal peuvent égaler. Comme quoi, il n’y a que le sport qui change d’un pays à l’autre. Parce que côté partisannerie, c’est vraiment pareil.

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Le cinéma québécois perce l’écran à Barcelone

Publié le 18 June 2010 par Ipso-facto

Un reportage de Véronique Voyer

Les kilomètres et la langue séparent Barcelone du Québec. Pourtant, Catalans et Québécois ont beaucoup en commun, tant sur le plan politique que culturel. Le premier Festival de cinéma québécois à Barcelone, qui aura désormais lieu fin juin tous les ans, fait le pont entre ces deux nations grâce au grand écran.

p1000672En marchant sur la rue de Juan de Borbó qui mène à la playa Barceloneta, des passants pointent Xavier Dolan, en tête d’affiche sur un panneau publicitaire. Le jeune cinéaste détonne à quelque pas de la Méditerranée, entre les défilés des fanfares et les restos de bord de mer qui sentent bon la paëlla. Au-dessus de la mèche rebelle bien de chez nous, la Moestra de cinema de Québec de Barcelona affiche ses couleurs.

«Barcelone est l’endroit le plus stratégique pour lancer le festival, explique le québécois responsable de la programmation, Danny Lennon. Politiquement parlant, ils connaissent très bien le Québec puisque les Catalans sont un peuple qui cherche l’indépendance.» Le créateur de la série Prends Ça Court! se souvient d’une ovation retentissante lors d’une nuit spéciale Québec, après la projection du film Le temps des bouffons de Pierre Falardeau. «Dès que le public a lu en catalan le sous-titre de la fameuse réplique “Ils sont grands parce que nous sommes à genoux”, la salle s’est levée d’un bond pour une standing ovation! Denis Chouinard et Robert Lepage étaient avec moi en arrière. On n’en revenait pas!»

Chaque soir, la formule «un court-métrage suivi d’un long» permet de découvrir deux œuvres marquantes du répertoire québécois. Le festival se passe toutefois des sous-titres, l’image en mouvement n’a pas besoin de mots pour les organisateurs. «Le cinéma transmet des choses qui sont impossibles à mettre sur papier», explique le réalisateur Vincent Morisset. Son documentaire Miroir Noir sur Arcade Fire ouvre le bal dans l’obscurité d’une salle comble. La tournée de l’album Néon Bible est au cœur du documentaire qui se détache totalement du format conventionnel. Exit les images exclusives de fêtes privées dans les loges et les témoignages de fans en pleurs. La musique est au cœur du projet. «On voulait capter l’énergie du groupe», lance le réalisateur de ce film gonzo décadré, pas trop sophistiqué et à l’approche très punk.

«L’Espagne et le Québec produisent deux cinémas cultivés, ce sont deux populations sensibles à l’art», constate le directeur de ce nouveau festival, Roberto Barrueco. Également directeur de la Mecal, un festival de court-métrage, le Barcelonais apprécie le cinéma québécois. «Il était présent au Saguenay pour le festival Regard, où il y avait un spécial court-métrage espagnol», souligne Dany Lennon. Et à croire Roberto Barrueco, l’humour québécois au cœur de notre cinéma est aussi efficace ici qu’ailleurs. «Mais vous ne vous limitez pas à la comédie. Au programme ce soir, on s’en prend plein la gueule», répond Roberto en souriant, fier de son expression québécoise bien placée.

cinema-quebec87Effectivement, le samedi soir deux films corrosifs sont à l’horaire: Polytechnique et Tout est parfait. La tuerie au cœur de l’œuvre de Denis Villeneuve en bouleverse plusieurs dans la salle tout comme le pacte de suicide entre adolescents du second film, réalisé par Yves-Christian Fournier. «Il y a des fous partout, commente le directeur du festival, mais la réglementation des armes à feux est plus stricte en Europe. C’est peut-être pour ça que l’on voit moins de drame du genre ici.»

Ravi des 300 personnes présentes samedi soir, le directeur du bureau du Québec à Barcelone, Claude Fleury, souligne que la culture est la meilleure carte de visite du Québec. «Le cinéma permet d’entrer dans la société québécoise par le biais de l’histoire, soutient-il, un sujet qui intéresse particulièrement la capitale catalane.»

Si le Québec intéresse les Catalans, l’inverse est aussi vrai. Le jeune scénariste-réalisateur québécois Alexandre Chartrand a fait d’une pierre deux coups, en organisant un casting à la recherche d’une actrice catalane tout en assistant aux projections du festival le soir. «Le scénario du film tourne autour d’un traducteur de roman arlequin. Il y a du français, de l’anglais mais je voulais ouvrir le film sur plus, je cherchais une langue mystérieuse. Le catalan était parfait, ça sonne comme un mélange d’espagnol et de portugais alors qu’il y a beaucoup de lien avec le français.»

Le festival était sans paillette ni artifice pour sa première édition, tout en simplicité. L’année prochaine on peut s’attendre à beaucoup plus selon Danny Lenon «Ça été fait avec des peanuts cette année! Pour les années à venir, ça deviendra de plus en plus gros, avec des tables rondes, des rencontres avec les professionnels et pourquoi pas une game de hockey bottine? Je vous jure que ça tisse des liens le sport, ça donne un esprit convivial et ça fait du bien de bouger un peu après une semaine de projections et de soirées arrosées», lance l’organisateur, fraichement débarqué de la croisette.

Alors que des Barcelonais passionné par le Québec se rassemblent au cinéma Verdi Parque de Barcelone, tous les médias sont rivés sur la fermeture du festival de Cannes. La fleur de lys va-t-elle réussir à pousser en terre catalane, à l’ombre de ce géant du cinéma? «Cannes ne sera pas un compétiteur parce que la dernière fin de semaine, le marché est fini. On veut que ça devienne un incontournable après Cannes, c’est tout près, à peine une heure d’avion et puis tout le monde aime Barcelone!»

L’organisateur souhaite également que son festival ait des petits frères.. «On ne veut pas de format tout inclus, explique-t-il, on veut s’implanter dans le milieu en Belgique, en Asie, en Afrique, etc. Il faut s’adapter, travailler avec des gens du milieu pour que le festival revienne partout chaque année et qu’il soit aussi populaire que la semaine du cinéma québécois à Paris!»

Retour à l’envoyeur, Danny Lennon qui ouvre une nouvelle salle à Montréal bientôt, espère accueillir des films catalans et bien d’autres sous peu.

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Du style à Paris: Oser le bonheur

Publié le 07 June 2010 par Ipso-facto

Un reportage de Véronique Voyer

Kamel Lahmadi humanise la mode en révélant la beauté naturelle des femmes au détour des grandes avenues parisiennes.

Kamel Lahmadi humanise la mode en révélant la beauté naturelle des femmes au détour des grandes avenues parisiennes.

À l’origine de Styleandthecity.com, Kamel Lahmadi humanise la mode en révélant la beauté naturelle des femmes au détour des grandes avenues parisiennes. , Au travers de l’objectif de sa caméra, ce photographe autodidacte met en valeur le style des passantes et passants qui arpentent les rues de la capitale de la mode.

Son aventure dans le domaine de la photographie a commencé grâce à une couverture de Paris Match. Jamel Debbouze et Mélissa Theuriau sont pris sur le vif, à même la rue, et leur bonheur les rend magnifiques. Inspiré, Kamel a le déclic: immortaliser au travers de sa lentille des personnes ordinaires rayonnant de bonheur, qui ont de la personnalité et du style. Son objectif? Humaniser la mode en aidant les femmes à avoir confiance en elles et à se sentir belles tous les jours. «Je prends mes photos sur le vif, j’essaie de photographier des interactions humaines, des moments de vie ou de complicité.» Que ce soit une belle fille qui grimace, des personnes âgées ou un couple avec une poussette, «l’important, c’est qu’ils dégagent du bonheur et de la générosité. Le bonheur de vivre à deux, la joie que procure un enfant, la beauté d’une grimace sincère. Ce qui rend beau, c’est le bonheur!» Kamel se moque royalement de savoir d’où viennent les habits, même si le look de la personne est exceptionnel. «Je ne demande pas les marques des vêtements… Vous imaginez le nombre d’instants magiques, de photos ratées à attendre après les étiquettes? Quelle perte de temps!»

Il lance alors son blog Style and the City, en octobre 2007. Et depuis, ça marche. 40% des lecteurs reviennent entre 10 et 200 fois par mois et 30% tapent directement le nom du site sans passer par Google. France24 l’a inclus dernièrement dans un reportage pour aborder le concept des «vrais gens» dans la pub.

Avant de se lancer en solitaire, Kamel avait proposé aux magazines féminins de photographier des gens beaux parce qu’heureux, l‘idée à la base de Style and the city. Résultat? Refus sur refus, quand ceux qu’il contacte veulent bien répondre. «Le pire c’est qu’ils osent copier! Durant les Fashion weeks, les photographes vont jusqu’à m’espionner et me suivre pour prendre mes photos dans mon dos! Je dénonce ces photographes opportunistes et leurs magazines qui préfèrent engager des moutons, des gens qui vont obéir, respecter la hiérarchie plutôt que d’embaucher des talents, des innovateurs, des créatifs. Les femmes ne sont pas mises en valeur dans ces publications», s’exclame Kamel en pointant la photo retouchée d’une mannequin entourée de It bags, must have, tests de sexualité et autres «159ème interview exclusive de Monica Belucci» dans un célèbre magazine.

Sa recette magique

dsc_8650«Je ne veux pas poster des photos pour poster des photos. Je veux écrire des histoires et partager des valeurs humaines, des émotions, des enseignements avec mes lecteurs», lance Kamel, tout sourire, en rappelant qu’il souhaite devenir scénariste dans dix ans. Le concept des posts sur son site part d’un scénario. Un peu comme un film, il y a une histoire, ou plutôt des histoires. En fonction de ses rencontres au détour des ruelles parisiennes et des photos qu’il prend, un thème se dessine dans son voyage. Puis, il raconte le tout en passant des mots à la photo: «J’ai plus de 100 000 photos dans mes disques durs… Si seulement j’avais plus de moyens pour engager des personnes qui pourraient me les traiter… » Mais avec des si, on mettrait Paris en bouteille. Ce qui n’empêche pas Kamel de rêver: «Je veux organiser des grands séminaires de bien-être, des soirées coaching à la «Tony Robbins» où les lecteurs profiteront de conseils pour améliorer leur bien être, leur vie personnelle et professionnelle avec des concours. Puis, je travaille aussi sur une application Iphone et Ipad.»

Après trois ou quatre heures de shooting, le photographe rentre chez lui pour retravailler les quelques 500 prises du jour. Il en élimine le tiers, travaille la luminosité sur celles qui restent, écrit son histoire, la traduit en anglais, la publie, répond aux commentaires de ses lecteurs et mange de temps à autres. Le charismatique photographe serait-il bénévole à temps plein? «Je veux créer une marque aussi forte que Vogue, qu’on la reconnaisse en disant c’est du Style and the City, lance Kamel. En vendant des photos, j’ai réussi à me payer mon séjour pour la Fashion week de New York en février passé! Ça prouve bien que mon contenu a de la valeur!»

Le fondateur de Style and the city surfe d’ailleurs sur une vague d’optimisme en ce moment. En discussion avec Nikon, qui pourrait l’équiper prochainement, il est aussi en pourparler avec Starbucks pour exposer ses photos. «J’ai quitté plusieurs fois des jobs bien payés car on ne respectait pas l’humain. Mes valeurs sont plus importantes que l’argent. Ma vie amoureuse est aussi sur pause puisque je n’arrive pas à concilier les deux.» Sans parler de son compte bancaire qui lui aussi est dans le rouge. À un point tel qu’il vend ses meubles en catastrophe sur Facebook. Du rêve à la réalité, propager le bonheur avec authenticité reste son objectif ultime. Reste à savoir s’il aura les moyens de ses ambitions. «T’écriras dans ton article que je me cherche des investisseurs et que je suis prêt à m’installer en Amérique!» lance-t-il, les yeux brillants d’espoir.

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L’Histoire exprimée par l’art contemporain

Publié le 19 September 2009 par Ipso-facto

Un reportage de Marie-Ève Rochon

Das Denkmal für die ermordeten Juden Europas, le mémorail aux Juifs d’Europe assassinés lors de la Seconde Guerre mondiale, attire les foules depuis son inauguration. S’élevant dans le centre de Berlin, près de la célèbre porte de Brandebourg, du jardin Tiergarten et du palais du Reichstag, siège du parlement allemand, le monument sort l’Histoire des musées pour la placer au centre des préoccupations quotidiennes.

Le monument compte plus de 2 700 stèles grises et s'étend sur 19 000 mètres carrés.

Le monument compte plus de 2 700 stèles grises et s'étend sur 19 000 mètres carrés.

En choisissant cet emplacement, au cœur du Berlin historique, touristique et politique, les organisateurs ont souhaité afficher clairement que ce monument s’adresse au pouvoir politique et à la société civile de l’Allemagne. Pour que jamais ne se reproduisent les atrocités de l’holocauste, le monument est destiné à être vu par le plus grand nombre. En votant la résolution prévoyant la construction du monument, les députés allemands se sont fixés un mandat de mémoire. Leur intention peut se résumer à cette phrase, affichée sur les lieux :  « It happened, therefore it can happen again: this is the core of what we have to say (1). » Il s’agit d’une citation tirée d’un poème de Primo Levi, membre de la résistance italienne déporté à Auschwitz en 1944.

Le monument commémoratif de l’holocauste à Berlin a été érigé 60 ans après la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Le projet a commencé à prendre forme en 1999, mais l’ouverture officielle au public s’est faite en mai 2005. Œuvre de l’architecte new-yorkais de renommée internationale Peter Eisenman, le monument compte plus de 2 700 stèles grises et s’étend sur 19 000 mètres carrés. Le monument abrite aussi un centre d’information sous-terrain. Ce dernier est dédié à la documentation concernant les juifs assassinés lors de l’holocauste.

Le sol lui-même est irrégulier, traître, prêt à le faire trébucher à tout moment.

Le sol lui-même est irrégulier, traître, prêt à le faire trébucher à tout moment.

Cette œuvre, radicalement différente des autres monuments commémoratifs, permet l’immersion totale du spectateur. Le visiteur peut entrer sur le site par quelque côté que ce soit et découvrir des vagues de stèles grises différentes selon le parcours effectué. L’itinéraire parcouru est silencieux, feutré; l’ambiance étant généralement au recueillement. Toutefois, on peut parfois apercevoir de jeunes enfants jouant à cache-cache entre les stèles. Les 41 arbres plantés à l’extrémité ouest du monument émergent également comme des symboles de vie et d’espoir dans ce sanctuaire dédié au deuil.

La visite est une expérience complète, saisissante. En déambulant dans ce champ de grisaille, on remarque en premier lieu que les blocs sont de tailles diverses. Les premières stèles à l’orée du site sont de simples rectangles au niveau du sol, alors que les blocs suivants sont des prismes s’élevant vers le ciel. Sans s’en rendre compte, le visiteur se retrouve rapidement en plein cœur d’une forêt de béton gris, surpassé par des blocs de près de 5 mètres de haut. Puis, c’est le sol lui-même qui devient irrégulier, traitre, prêt à le faire trébucher à tout moment.

Cet environnement imprévisible et hasardeux peut rappeler la situation de la société allemande, suite à la prise de pouvoir du parti national-socialiste. Ainsi, le spectateur est invité à se remémorer les violences et contraintes opérées par les Nazis. Dans une perspective d’avenir, le monument nous indique l’importance de s’élever contre les injustices dès qu’elles apparaissent, sans attendre de se retrouver en plein cœur d’une situation funeste.

Cette œuvre, radicalement différente des autres monuments commémoratifs, permet l'immersion totale du spectateur.

Cette œuvre, radicalement différente des autres monuments commémoratifs, permet l'immersion totale du spectateur.

Même si l’architecte n’a jamais publiquement révélé son interprétation personnelle, beaucoup de visiteurs voient dans le monument une ressemblance avec un cimetière, les blocs de béton gris simulant des pierres tombales. Le nombre impressionnant de blocs rappelle l’étendue du massacre de la Shoah. On ne trouve aucun nom de victime, peut-être pour indiquer l’impossibilité de dresser une  telle liste de façon exhaustive. Ici, les « pierres tombales » sont plutôt anonymes et indiquent en silence que les victimes sont trop nombreuses pour être comptées. À ce sujet, Peter Eisenman, architecte du projet, s’est prononcé ainsi : « L’atrocité et l’ampleur de l’holocauste est telle que toute tentative de la représenter par des voies traditionnelles est inévitablement inadéquate. [...] Aujourd’hui, nous pouvons seulement connaître le passé via une manifestation dans le présent. » (traduction libre de l’anglais) (2)

(1) Traduction libre : C’est arrivé, alors cela peut se produire à nouveau : voilà l’essence de ce que nous avons à dire.
(2) http://www.holocaust-mahnmal.de/en/thememorial/fieldofstelae

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Les taureaux de Pampelune

Publié le 03 September 2009 par Ipso-facto

Un reportage de Naël Shiab

Les férias sont de grandes fêtes populaires en Espagne et dans le sud de la France. Celle de Pampelune, ville du nord de la péninsule ibérique, est reconnue dans le monde entier pour ses lâchers de taureaux en pleine rue. Ses huit jours de festivités, en juillet, rassemblent chaque année plus d’une centaine de milliers de personnes venant du monde entier. En tenue blanche, avec au cou le foulard rouge traditionnel, tous viennent pour la sangria, le soleil, les sensations fortes et l’incroyable amour des Espagnols pour l’évènement.

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